"Votre histoire, ça pourrait être que chiffrer l’impact du numérique est impossible", conclut Anders Andrae, en fin d’entretien. Le chercheur au centre R & D de Huawei de Stockholm en Suède en sait quelque chose : l’étude qu’il a publiée en 2015 est la plus citée du secteur. Alarmiste, elle notait que dans le pire des scénarios, le numérique pourrait consommer plus de la moitié de l’électricité mondiale en 2030... "J’ai réévalué mes prévisions, raconte l’expert, j’avais sous-estimé les gains d’efficacité énergétique."
De quoi se rassurer ? Pas vraiment. Nombre de chercheurs s’inquiètent de la perte de vitesse des gains, là où la croissance du numérique s’intensifie. Au-delà des difficultés inhérentes aux projections, "personne ne sait même quel est l’impact du numérique aujourd’hui", avance Anders Andrae.
Malgré les estimations et les articles scientifiques, les chiffres fluctuent, réévaluant à la hausse le poids de la fabrication ou discutant du poids des centres de données en Chine ou aux États-Unis... Et la multiplicité des indicateurs pertinents – électricité, énergie primaire, carbone, eau, matière – complique la lecture. "La seule façon de quantifier un impact environnemental, c’est à travers une analyse de cycle de vie multicritères", explique le fondateur de GreenIT.fr, Frédéric Bordage. "Un travail de fourmi", qui nécessite de recenser l’ensemble des équipements produits et de collecter leurs facteurs d’impact.
Subventionné par l’Ademe, le projet Négaoctet – auquel GreenIT.fr participe – vise à construire un référentiel partagé pour évaluer les impacts environnementaux des services numériques. En attendant des statistiques précises, « tous les chiffres de la consommation du numérique reposent sur des modèles », expose Hugues Ferreboeuf, chef de projet pour le think tank The Shift Project. Et tous pointent qu’elle augmente.



