Google mise sur la fusion nucléaire, en signant un contrat d’achat avec la start-up CFS

La start-up CFS ambitionne de produire de l’énergie nette avec son réacteur à fusion nucléaire dès le début des années 2030. Une perspective alléchante, qui a séduit Google.

CFS réacteur fusion nucléaire
Le premier réacteur à fusion nucléaire de CFS devrait disposer d'une capacité de 400 MW.

Google croit en l’avenir de la fusion nucléaire. Le géant technologique a indiqué lundi 30 juin avoir signé un contrat d’achat d’électricité avec Commonwealth Fusion Systems (CFS). Fondée en 2018, cette start-up issue du MIT ambitionne de bâtir un réacteur à fusion nucléaire en Virginie (Etats-Unis) et de le mettre en service au début des années 2030. Le contrat prévoit la fourniture de 200 MW, soit la moitié de la capacité dont devrait disposer le réacteur. La filiale d’Alphabet a par ailleurs posé une option pour acquérir davantage d’énergie produite par les éventuelles futures centrales de CFS, et a également annoncé une montée au capital de l’entreprise. Le groupe états-unien avait déjà participé à la levée de fonds de 1,8 milliard d’euros que la start-up avait conclue en décembre 2021.

Si les termes financiers de cet accord n’ont pas été révélés, celui-ci démontre l’intérêt suscité par la fusion nucléaire. Ce phénomène, qui consiste à contraindre deux noyaux atomiques à s’assembler pour former un élément plus lourd, n’a pourtant rien de nouveau. Étudié depuis plusieurs dizaines d’années par les physiciens et les énergéticiens, qui ont compris qu’il servait de « moteur » aux étoiles, ce processus pourrait devenir une source d’énergie quasi-illimitée, sûre, décarbonée et peu génératrice de déchets. Aucune entreprise privée n’a cependant encore réussi à générer plus d’énergie que l’énergie consommée, ce qui engendre le scepticisme de nombreux acteurs du secteur.

Un précédent chez Microsoft

Les doutes sont d’autant plus importants que toutes les start-up de la fusion nucléaire ne sont pas d’accord sur le chemin à suivre pour atteindre enfin la viabilité commerciale. CFS s’appuie de son côté sur le «confinement magnétique», une méthode qui permet de confiner le plasma surchauffé grâce à de puissants aimants. Dans cette voie, deux architectures sont aujourd’hui privilégiées : les tokamaks, en forme de donut, et les stellarators, de forme hélicoïdale. Tout comme le projet scientifique Iter, développé dans le Var, la start-up états-unienne a choisi la première option. Selon ses dirigeants, elle se démarquerait de ses concurrents notamment par «son application des avancées clés dans les aimants supraconducteurs à haute température».

Malgré les multiples défis technologiques auxquels sont encore confrontées les start-up de la fusion, Google n’est pas le seul poids lourd à parier sur son essor. Microsoft s’est d’ailleurs positionné sur le sujet dès mai 2023, en signant un contrat de fourniture d’électricité avec Helion. Cette société a adopté une approche hybride pour son réacteur, en le dotant d’une configuration à champ inversée. Elle affirme qu’elle sera en mesure de fournir 50 MW dès 2028.

Des datacenters très gourmands

Si la fusion fait partie des filières prometteuses dans le secteur du nucléaire, les big tech n'hésitent pas à diversifier leurs approches. En mai 2025, Google a ainsi signé un accord avec l’énergéticien états-unien Elementl dans le but de développer trois projets nucléaires, disposant chacun de 600 MW minimum. Quelques mois plus tôt, le groupe s’était également associé avec la start-up Kairos, qui ambitionne de devenir l’un des leaders des petits réacteurs modulaires (SMR), avec sa technologie de sels fondus à haute température. Au cours des derniers mois, Amazon et Meta ont eux aussi annoncé des partenariats ou des contrats similaires.

Cette ruée vers le nucléaire, qu’il s’appuie sur des systèmes éprouvés ou des technologies de rupture, s’explique en partie par l’essor de l’intelligence artificielle, qui nécessite des besoins colossaux en énergie et dont les géants du web sont particulièrement friands, au détriment de leur impact environnemental. Les émissions de gaz à effet de serre de Google, par exemple, ont atteint 14,3 millions de tonnes de CO2 en 2023, soit une augmentation de 48% par rapport à 2019. Pour effectuer leur transition écologique, ces groupes misent aussi sur les énergies renouvelables, mais ils risquent de ralentir leurs investissements en la matière face à la méfiance du président des Etats-Unis, Donald Trump, dont les GAFAM sont devenus de fervents soutiens.

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