La filiale d’Eiffage Bocahut fabrique de la chaux à Haut-Lieu, près de Maubeuge (Nord), depuis 2004. Un process qui rejette notamment des fumées riches en CO2... et un terrain de jeu idéal pour Revcoo. La start-up lyonnaise, fondée en 2019, y a installé en avril un démonstrateur de sa technologie de captage du gaz carbonique dans les fumées industrielles. La machine montre déjà ses capacités. «Avec un fonctionnement en cumulé de 24 heures, 2 tonnes de CO2 ont été captées à ce jour, se réjouit Hugo Lucas, président et cofondateur de Revcoo. La prochaine étape est d’opérer 24h sur 24, pendant 72 heures d’affilée.»
Une captation cryogénique
«Les rejets industriels sont importants, observe Hugo Lucas. Notre solution est une véritable réponse immédiate aux enjeux de décarbonation car l’hydrogène n’est pas encore là et l’électrification nécessite une puissance qui n’est pas encore opérationnelle.» Parmi les secteurs ciblés, ceux de la cimenterie, de la chaux, ou encore des incinérateurs de matières dangereuses ou des chaudières biomasse. «On peut également déployer notre machine chez les industriels de la papeterie, de la fusion de métal... En fait, tout acteur concerné par les émissions incompressibles de CO2», renseigne Hugo Lucas.
Avec le compresseur installé à Haut-Lieu, Revcoo traite 2% des émissions totales de Bocahut. «Avec un compresseur suffisamment puissant, on peut traiter et aspirer toutes les fumées, assure le cofondateur. Lorsque le démonstrateur est en route, les gaz rejetés ne contiennent plus de CO2.» Avec une emprise au sol de 80 m² et une hauteur de 11 mètres, la machine s’emboîte directement sur la cheminée du site.
Baptisée CarbonCloud, la technologie imaginée et brevetée par Revcoo s’inspire de celle des amines. «A la différence près que celle-ci repose sur un procédé de captation chimique alors que la nôtre propose une captation cryogénique», contextualise Hugo Lucas. Une fois captée, la fumée est prétraitée et le CO2 est isolé. Un module de capture sépare l’azote qui est ensuite liquéfié. Ce dernier va servir à geler le CO2 au sein d’un autre module. Il est ensuite conditionné sous forme de liquide ou de gaz.
Vers une machine dix fois plus grande
Fort de cette démonstration, le cofondateur nourrit des ambitions fortes à court terme. «Même si on ne dégage pas encore de chiffre d’affaires, celui-ci devrait atteindre les 200 millions d’euros à l’horizon 2030», projette-t-il. La start-up espère clôturer une levée de fonds de 20 millions d’euros fin 2025. «Ce tour de table va nous permettre de produire une machine dix fois plus grande, capable de traiter 10000 tonnes de CO2 par an», indique-t-il. En cours de design, celle-ci devrait être installée courant 2027. La start-up va également embaucher. Actuellement, elle compte 15 salariés et va réaliser 35 embauches supplémentaires, essentiellement de techniciens.
En attendant, la machine testée à Bocahut sera prochainement démontée pour être installée sur d’autres segments que Revcoo souhaite adresser. «Nous recevons beaucoup de demandes, notamment d’industriels européens», confie Hugo Lucas.



