Un peu vague sur ses ambitions dans les petits réacteurs nucléaires (SMR) à sa création en septembre 2022, la start-up Neext Engineering est désormais prête à déposer son dossier de demande de subvention France 2030. Un dépôt reculé de quelques semaines en raison du ralliement tardif, fin mars, de l’industriel Nexson, spécialiste franc-comtois des échangeurs thermiques, au consortium Sparta qui porte son projet de SMR. «L’échangeur primaire va être au contact du plomb, utilisé comme vecteur de transfert de chaleur dans notre SMR, explique Jean Maillard, ingénieur des Arts et Métiers, l’un des deux cofondateurs de la start-up belfortaine. Il nous fallait un partenaire pour lever ce verrou technologique.»
Et Nexson n'est pas le seul partenaire de la start-up. Pour se lancer dans la course aux SMR, la jeune entreprise a réussi à s’associer à Westinghouse France, filiale du groupe américain à l’origine du design de 32 des réacteurs nucléaires du parc français. Celle-ci développe depuis 2015 une technologie de réacteur de quatrième génération à neutrons rapides refroidi au plomb (LFR, pour Lead-cooled Fast Reactor). Associé à l’italien Ansaldo Nucleare, filiale de Finmeccanica, sur le développement d’un réacteur de cette technologie de 950 MW thermique ou de 450 MW électrique pour le marché du remplacement des centrales thermiques à base de fossiles, Westinghouse a trouvé dans la proposition de Neext Engineering l’opportunité d’adapter et de standardiser son LFR pour de plus petites unités modulaires. Même si la start-up explique ne pas encore avoir choisi de puissance cible à ce stade.
En consortium avec Westinghouse, GE Steam et Nexson
«On ne sait pas encore si ce sera 2x50 MW ou 2x80 MW, ou autre chose, explique Jean Maillard. Nous allons utiliser les six premiers mois de la phase 1 de notre projet financé par France 2030 pour définir la puissance en fonction de l'usage des industriels, que l’on se propose d’accompagner pour préciser leur besoin.» L'ingénieur, très confiant sur la capacité de sa pépite à décrocher une subvention publique, mise sur les nombreuses compétences locales issues de GE Steam, filiale de GE, dont la partie nucléaire est en cours de rachat par EDF, autre partenaire du consortium Sparta qui comprend également deux laboratoires du CNRS.
Le IP2I (Institut de Physique des 2 Infinis) apportera des compétences dans la science des matériaux sous irradiation et sous contraintes fortes. Le LRGP (Laboratoire des Réactions et génie des procédés), lui, «travaille sur une innovation de rupture sur les turbines à fluide réactif, et non plus à l’eau, pour fournir du travail mécanique et une réaction chimique dans la turbine pouvant ajouter 30 à 40% de rendement en plus», précise le cofondateur de la start-up. Il s’agit encore de recherche fondamentale et «nous nous réserverons la possibilité de travailler avec GE sur des turboalternateurs déjà disponibles sur le marché, précise Jean Maillard. Nous avons une stratégie à deux étages pour la turbine, Sparta 2030 et Sparta 2030+ ».

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Pour lui, il serait incompréhensible d’aller chercher de l’argent public uniquement pour adapter des technologies existantes. D’autant qu’ils ne sont pas les seuls à faire le choix d’un SMR à neutrons rapides refroidis au plomb. La start-up européenne Newcleo, qui cherche à lever 1 milliard d’euros, a fait le même choix.
14 millions d'euros pour la phase 1
«Nous commençons un nouveau développement en 2023, relate Jean Maillard. Ce serait dommage de ne pas partir sur la génération 4 avec ses promesses de résolution de certains problèmes du nucléaire, comme de regénérer les combustibles usés, et qui est très proche de la technologie d’Astrid du CEA.» Cette technologie à haute température (entre 450 et 650°C) présente des avantages de sûreté, comme la capacité à piéger les rayonnements dans le plomb dans lequel baignera le réacteur ou «de se refroidir plus rapidement sans nécessiter de source froide», précise l’ingénieur de Neext Engeneering.
La phase de pré-design de Sparta nécessitera un investissement de 14 millions d’euros, dont 10 millions de France 2030. La part de la start-up, qui assure la R&D et la coordination du projet, serait de 5,2 millions d’euros, dont 4 millions de subventions. Celle de Westinghouse de 4 millions, celle des deux laboratoires d’environ 1,5 million, celle de Nexson d’environ 1 million et celle de GE Steam d’environ 500 000 euros. Reste à être sélectionné par France 2030. Avant les résultats, la start-up doit boucler en juin sa levée de fonds participative de 400 000 euros, à laquelle ont souscrit une centaine de personnes.



