[L'instant tech] Comment OVH veut devenir le fournisseur cloud du quantique français

Trois partenariats en deux mois, toujours avec des spécialistes français du quantique. OVH met les bouchées doubles pour constituer une offre d’accès cloud à des processeurs quantiques tricolores. Et pousser à l’adoption de la technologie chez les industriels.

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OVH met le paquet pour constituer une offre d’accès cloud à des processeurs quantiques tricolores.

Atos, Quandela et bientôt Pasqal. Ces dernières semaines, les annonces de partenariats d’OVH avec des experts tricolores du calcul quantique se multiplient. Comme Amazon, Google et Microsoft avant lui, le français met sur pied une offre d’accès en cloud à des processeurs quantiques à destination des universités, centres de recherche et entreprises. Son objectif : se positionner comme un intermédiaire pour mettre en relation fournisseurs et utilisateurs, notamment industriels. Et faciliter l’accès à la technologie aux étudiants.

« Nous sommes à un moment clé en termes d’usages, de technologie et de compétences », estime Thierry Souche, directeur technologique de l’entreprise, auprès de L’Usine Nouvelle. Pas question selon lui d’aller sur le même terrain que les géants américains, qui développent leurs propres approches tout en hébergeant d’autres technologies sur leur cloud. « Nous ne sommes pas détenteurs de technologies quantiques, mais nous pouvons être un vecteur puissant pour en rendre accessibles au plus grand nombre », souligne-t-il.

« Ils seront multi-cloud et nous, multi-quantique »

Aucun processeur quantique n’est encore accessible publiquement chez OVH. Seuls les émulateurs et environnements logiciels d’Atos et de la start-up Quandela – qui permettent de simuler des qubits sur un calculateur conventionnel – sont en ligne. Pour l’instant. « Nous allons livrer un premier accès à une puce de deux qubits à l’été, annonce Jean Senellart, directeur du développement logiciel de Quandela. Cela nous permettra de mettre en place la mécanique de connexion pour qu’un utilisateur puisse utiliser notre calculateur à photons n’importe où. » Viendront ensuite une puce de 6 qubits, prévue pour novembre, puis une autre de 12 qubits courant 2023. D’abord dans les laboratoires de la pépite, avant d’intégrer, plus tard, les centres de données d’OVH.

Le calculateur de Pasqal, accessible à quelques partenaires privilégiés via un cloud privé hébergé par OVH depuis mai 2022, devrait passer public d’ici à la fin de l’année avec 38 à 40 qubits. Le début d’une longue liste ? « C12 Quantum Electronics, VeriQloud, Qubits Pharmaceuticals… il y a un écosystème de start-up très puissant, tant sur le hardware que le software », rappelle Thierry Souche. « Ils seront multi-cloud et nous serons multi-quantique, ajoute-t-il. Nous voulons apporter toutes les technologies prometteuses à nos utilisateurs, nous ne souhaitons pas en privilégier une plutôt qu’une autre. »

Premiers usages du quantique dans deux à trois ans

Avec trois annonces en deux mois, OVH montre sa volonté d’aller vite. Sur une technologie dont le développement s’accélère. « Il y a cette image que le quantique est génial, mais lointain, à horizon cinq à dix ans, estime Thierry Souche. Mais si on ne cherche pas à faire du quantique pur, mais à marier calcul quantique et conventionnel, l’horizon des premiers vrais usages passe à deux à trois ans. Et là, il faut commencer à se pencher dessus. »

Le temps s’accélère et le moment est critique. « La France a raté plusieurs bonds technologiques dans le passé, rappelle Thierry Souche. Cette fois, nous avons l’opportunité d’être à l’heure, voire en avance, grâce à un écosystème français et européen de très grande valeur. » D’où des partenariats intégralement bleu-blanc-rouge. « Il y a un côté symbolique à réaliser notre premier accès cloud avec OVH, abonde Jean Senellart, de Quandela. Nous sommes en compétition avec de très grands acteurs, cela nous donne une crédibilité et nous garantit de ne pas être dévorés par celui à qui on confie notre techno. »

Agir face a la pénurie de compétences

En affirmant le potentiel compétitif du calcul quantique à moyen terme, OVH cherche à secouer son monde. « Les grandes entreprises doivent commencer à se former, à comprendre les cas d’usages en lien avec leur activité et voir où ils doivent investir dans les 12 à 18 prochains mois, insiste Thierry Souche. Cela devrait entrer dans les plans stratégiques de toutes les grandes entreprises, dès maintenant ! » Il cite notamment la recherche de nouveaux médicaments, via la simulation quantique de molécules, l’amélioration de la modélisation numérique ou encore l’optimisation de réseau pour les acteurs de l’énergie et de l'eau.

Reste que ce domaine fait d’ores et déjà l’objet d’une tension monstre sur les profils spécialisés, experts en physique quantique, mathématiques et informatique… Là aussi, OVH cherche à jouer sa part. « Nous souhaitons fournir un accès au quantique quasi-gratuit aux universités et écoles d’ingénieurs, annonce Thierry Souche. Il faut que l’on apprenne aux jeunes à toucher du doigt l’informatique quantique, dans une approche hybride : cela permettrait une appropriation plus large et plus rapide de la technologie. »

L’entreprise fait d’ailleurs déjà les frais de cette pénurie de compétences. Pour tenter d’y pallier, elle cherche à nouer des partenariats avec des universités. « Une manière d’inoculer la culture quantique chez OVH et d’envisager l’intégration de doctorants et de post-doctorants », estime le responsable. Une manière, aussi, de donner l’exemple à ses partenaires. En se préparant dès maintenant à l’arrivée prochaine du calcul quantique dans les entreprises.

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