Enquête

A la croisée du quantique et de la pharma, la start-up française Qubit Pharmaceuticals lève 16 millions d'euros

Simulant l’interaction de molécules pour découvrir de nouveaux médicaments, la pépite tricolore Qubit Pharmaceuticals travaille sur l’intégration du calcul quantique à sa solution. Le 10 juin, elle a annoncé avoir levé 16,1 millions d'euros, auprès notamment du fondateur d'OVH Octave Klaba et du fonds spécialisé sur le quantique Quantonation. 

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Modélisation d’une molécule par Qubit Pharmaceuticals.

La start-up parisienne Qubit Pharmaceuticals porte mal son nom. Du moins pour l’instant. Créée début 2021, elle développe des logiciels permettant d’identifier de potentiels nouveaux médicaments, qu’elle commercialise auprès d’industriels. Une méthode qu’elle compte doper dès que possible par l’utilisation de qubits. « Nous investissons le champ du quantique en R&D pour l’exploiter d’ici deux à trois ans », explique son PDG, Robert Marino. L’entreprise se crée ainsi une expertise dans l’informatique quantique appliquée à la recherche de molécules, l’un des cas d’usage à moyen terme les plus prometteurs de la technologie. De quoi lui permettre de lever 16,1 millions d'euros lors d'un tour de table, auquel ont participé le fonds spécialiste du quantique Quantonation, XAnge, Omnes et le fondateur d'OVH Octave Klaba, selon l'annonce faite par la jeune société vendredi 10 juin.

Pour l’instant, Qubit Pharmaceuticals fait tourner ses algorithmes – conçus au Cnam, au CNRS et dans les universités du Texas et de Washington, qui ont participé à sa création – sur des calculateurs conventionnels. « Les modèles physiques sur lesquels nous nous basons permettent de simuler en peu de temps les interactions entre les particules au plus près de la réalité, affirme Robert Marino. Cela permet de qualifier très rapidement le comportement de plusieurs candidats-médicaments en vue d'essais cliniques. » Après avoir bénéficié de travaux d’optimisation et de l’intégration de processeurs graphiques (GPU), le logiciel de la pépite, Atlas, effectue ses simulations avec une précision et une rapidité inégalées. Mais qui peuvent toujours être améliorées.

Jumeau numérique de protéines et molécules

« Le “drug discovery” implique énormément d’équations, rappelle Robert Marino. Certaines sont très bien résolues sur des plateformes classiques, d’autres moins. Voyons si les ordinateurs quantiques peuvent les résoudre plus rapidement ou plus précisément. » Particulièrement adapté pour simuler le fonctionnement et l’interaction entre des particules, soumises elles aussi aux lois de la physique quantique, le calcul quantique pourrait ainsi s'intégrer dans l'environnement de calcul de Qubit Pharmaceuticals, au même titre que les GPU. Déjà, la pépite collabore avec sa compatriote Pasqal... et presque « tout le monde en France », évoque l'entrepreneur. 

« À terme, nous pourrons envisager de faire le jumeau numérique de protéines, voire de molécules », anticipe-t-il. Pas question pour autant d’attendre l’ordinateur quantique parfait, qui n’arrivera pas avant des décennies. « Nous parions sur le fait que les premières plateformes quantiques [imparfaites et sensibles aux erreurs] nous apporteront bien un avantage », souligne-t-il. Pour en bénéficier, la start-up adapte ses algorithmes pour qu’ils profitent le plus vite possible des différentes technologies en cours de développement. « Nous n’allons pas calculer de la même manière sur deux processeurs différents, prévient Robert Marino. Il faut travailler avec chaque fabricant pour savoir comment implémenter le code, qubit par qubit. »

Trois programmes de recherche en cours

Un travail de pionnier qui séduit les investisseurs. Après avoir levé 1 million d’euros à sa création, Qubit Pharmaceuticals a déjà récolté 7,5 millions d'euros auprès du Conseil européen de l’innovation en octobre. Son dernier tour de table devrait lui permettre d'augmenter ses effectifs – passant d'une vingtaine à 60 dans les 12 à 18 prochains mois – et de continuer le développement de son catalogue de molécules. Ce dernier devrait comporter, d'ici à 2024, une dizaine de programmes de recherche. Trois sont déjà en cours : un sur un médicament contre le Covid-19, un traitement oncologique, et un dernier contre l'inflammation. « Nous ne sommes pas des experts de la biologie, rappelle Robert Marino. Nous nouons donc des partenariats avec des instituts de recherche, des biotech ou des laboratoires pharmaceutiques leader de leur domaine pour chaque programme. »

Avec ses partenaires, la start-up définit une cible thérapeutique, par exemple une protéine dysfonctionnelle à l'origine d'une maladie, puis simule son comportement. « Ensuite, nous regardons comment modifier ce comportement, puis nous développons les molécules ayant l'effet recherché pour en faire un candidat-médicament », explique le PDG. Reste ensuite au partenaire à mener les essais cliniques indispensables pour confirmer l'efficacité du médicament avant de le mettre sur le marché. 

« Il savoir rester humble face à la biologie, continue-t-il. Si nous sommes capables d'accélérer beaucoup de choses au niveau de la découverte de molécules, les essais sont très complexes et leurs résultats difficiles à prédire. C'est pour cela que nous cherchons les meilleurs partenaires et les meilleurs programmes de recherche, dans le monde entier, pour mener nos projets. » Ceux-ci devraient être sensibles aux arguments de la start-up, qui promet de diviser par deux le temps nécessaire pour trouver un candidat et l'optimiser... et par dix les investissements nécessaires.   

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