Etude

Start-up : l'inquiétant décrochage des levées de fonds en France au premier semestre 2025

Les mois se suivent et paraissent toujours plus difficiles pour les start-up françaises en quête de financement, selon deux études sur le capital-risque tricolore publiées mardi 15 juillet. A tel point que la France a perdu la pole position du financement en capital-risque au premier semestre dans l’Union européenne au bénéfice de l’Allemagne.

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Robot Wandercraft
La start-up de robotique humanoïde Wandercraft fait partie des trop rares opérations de capital-risque du premier semestre 2025 en France.

L’alerte vire au rouge pour le capital-risque français. Alors que la levée de fonds de 100 millions d’euros du concepteur de calculateur quantique Alice & Bob en janvier 2025 avait semblé mettre l’écosystème sur de bons rails, le premier semestre a finalement été assez calamiteux pour les levées de fonds des start-up.

Selon le baromètre d’EY publié mardi 15 juillet, lesjeunes pousses françaises ont levé un peu moins de 2,8 milliards d’euros sur ces six derniers mois, un plus bas depuis 2020 quand 2,7 milliards d’euros avaient été récoltés au début de la crise Covid. Avec cette piètre performance, la French Tech retrouve son niveau de financement de début 2019.

Une baisse bien moindre enregistrée outre-Rhin

Par rapport au premier semestre 2024, cela représente une baisse de 35% en valeur et de 24% en nombre d’opérations. Par conséquent, la France se fait largement dépasser par l’Allemagne et perd sa position de leader du capital-risque dans l’Union européenne, note EY. Avec plus de 7,4 milliards d’euros levés par ses start-up, le Royaume-Uni reste de son côté hors de portée.

Les levées de fonds ont aussi baissé outre-Rhin, mais seulement de 2% en montants. Porté par la levée de fonds de 600 millions d’euros réalisée en juin par la start-up de drones boostés à l’IA Helsing, l’écosystème allemand a attiré près de 3,6 milliards d’euros de financements en fonds propres ce semestre. De façon plus générale, ce sont les opérations d’au moins 100 millions d’euros qui ont permis à l’Allemagne de résister, avec une croissance de 17% en valeur alors que ces opérations enregistrent une baisse de 87% en valeur en France.

Les start-up ne bénéficient pas pour autant d'un environnement exceptionnel outre-Rhin. Début juillet, une étude de Deutsche Bank regrettait que la part des investissements en capital-risque représentaient seulement 0,18% du PIB allemand en 2024, contre 0,25% pour la France. 

Alerte sur les plus petits tours de table

En plus d’Alice & Bob, seule la fintech spécialisée dans la distribution automobile Knave a atteint la barre des 100 millions d’euros levés dans toute la French Tech au premier semestre. EY n’a pas comptabilisé la levée de fonds de 170 millions d’euros annoncée en janvier 2025 par la start-up du spatial Loft Orbital à cause de l’implantation de son siège à San Francisco aux Etats-Unis. Avec des levées respectives de 75 millions, 65,6 millions et 61 millions d’euros, la fintech Pennylane, le spécialiste des exosquelettes et des robots humanoïdes Wandercraft et la start-up d’IA générative pour le monde médical Nabla complètent le top 5.

Epargnés jusqu’ici, les tours de table inférieurs à 10 millions d’euros sont aussi en baisse, en valeur comme en volume en France. Cette tendance et cette «panne française», comme la décrit Franck Sebag, l’associé d’EY en charge des start-up, sont confirmées par l’étude du cabinet In Extenso Innovation Croissance, réalisée avec l’Essec et la Fédération nationale des business angels et publiée également mardi 15 juillet avec des chiffres un peu différents. «Le capital-risque entre dans une nouvelle ère avec moins d’opérations, mais des opérations plus ciblées, commente Nicolas Forey, le président d’In Extenso Innovation Croissance, dans cette étude. Cette recomposition, saine pour les projets matures et stratégiques, met en difficulté toute une partie de l’écosystème, en particulier l’amorçage et les innovations de rupture.»

La fintech refait surface

Incertitude politique, prévision de croissance inférieure à 1% en 2025… Les perspectives de revente sont loin d’être idéales pour les fonds qui préfèrent conserver leurs participations, restreignant mécaniquement l’accès aux capitaux pour les plus jeunes pousses, note Franck Sebag. En ce qui concerne les secteurs, seules les technologies financières ont obtenu plus d’argent qu’au premier semestre 2024 ces six derniers mois. A la première place du podium, les logiciels ont enregistré un nombre d’opérations en forte hausse, grâce à l’intelligence artificielle, mais n’ont attiré que 891 millions d’euros contre plus de 1,4 milliard d’euros au premier semestre 2024. Avec un nombre d’opérations stable, les greentechs ont, elles, récolté un peu moins de la moitié des financements du premier semestre 2024 avec 515 millions d’euros.

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