Dans son atelier, Christophe Poncelet, le fondateur de Propellane en 2022, montre fièrement la deuxième version du prototype de sa pompe à chaleur industrielle. Grâce à un meilleur rendement lié à l’amélioration de son compresseur et des flux réfrigérants, il promet de rivaliser avec le coût de la chaleur produite par gaz fossile, mais avec cinq fois moins d’émissions de CO2. Son système monte plus haut en température qu’une pompe à chaleur traditionnelle. «La chaleur fatale produite par une usine est de 30 à 40 degrés. Le plus souvent, elle part dans l’atmosphère. Nous la récupérons et, depuis l’année dernière, nous avons réussi à la faire monter jusqu’à 200 degrés», assure le CEO de Propellane.
Après un premier démonstrateur réalisé aux Arts et Métiers, la construction de cette deuxième machine a été presque entièrement autofinancée, à hauteur de 400 000 euros, grâce notamment au Programme d’investissements d’avenir de la région Ile-de-France et au concours d’innovation i-Lab remporté en 2024. Un prototype a été développé dans les locaux de Find Climate.
L'ouverture de Find Climate, un parcours du combattant
Ce district d’innovation dédié au passage à l’échelle des greentechs industrielles a ouvert ses portes, en juin 2024, près de l’université de Nanterre (Hauts-de-Seine). Avant d’en arriver là, Christophe Poncelet évoque un véritable parcours du combattant. «Nos secteurs demandent une grande expertise en ingénierie et beaucoup de capitaux. Ils sont très compliqués à lever avant d’avoir un système qui tourne et des premiers clients. Sans l’aide de Bpifrance, nous n’aurions pas réussi», assure l’ingénieur, qui rapproche cette situation de celles des biotechs.
Si Bpifrance recensait quelque 2 900 greentechs en 2024, dont 57% à vocation industrielle, 544 sont sorties de l’indice cette même année, dont un tiers pour cause de faillite. Une situation qui n’est pas propre aux greentechs, précise Paul-François Fournier, le directeur de l’innovation de Bpifrance. «Dans tous les secteurs de la tech, à l’exception de l’intelligence artificielle, la période est plutôt à la résilience. Mais les greentechs ont levé 2,2 milliards en 2024, contre 180 millions en 2015. Et les solutions qu’elles développent sont nécessaires à l’industrie de demain», assure-t-il.
Les leçons de récents échecs
Reste que le secteur est encore jeune – 1 300 start-up greentechs ont moins de cinq ans, rappelle Bpifrance – et qu’il a fait face, depuis deux ans à des échecs retentissants, dans l’hydrogène, les batteries électriques ou l’alimentation animale. «Ce sont de nouveaux marchés, donc il y a un élément de risque. Sur l’hydrogène, l’État a annoncé un recentrage. On peut se dire qu’on aurait pu l’anticiper, mais l’innovation reste par essence difficile à prévoir», plaide Christophe Poncelet. Du côté de l’État, l’heure est donc à la concentration sur les projets les plus prometteurs.
Dans cette situation, Find Climate cherche à aider les start-up à «dérisquer» au maximum leur passage à l’échelle. En mettant notamment à leur disposition un foncier industriel évolutif. «Au démarrage, les start-up vont avoir besoin de deux places en coworking. Puis avec le prototypage, elles vont prendre un atelier de 25 mètres carrés, puis de 50.., jusqu’à leur première usine. Nous avions envie de créer un continuum pour les accompagner dans cette évolution et leur éviter d’avoir à déménager», explique l’entrepreneure Sonia Artinian-Fredou, la fondatrice de Find Climate, ancienne dirigeante chez Lafarge et Michelin. Ainsi, Propellane, qui loue un atelier de 80 mètres carrés, aura bientôt besoin «de davantage d’espace, de hauteur sous plafond et de puissance électrique», précise Christophe Poncelet.
Coopération multisecteurs et dynamique d’échanges
Même son de cloche pour Ecklo, dont les équipes travaillaient dans un coworking avant d’intégrer Find Climate. «Dans les grands incubateurs, nous n’étions pas au contact du produit, ce qui nécessitait des déplacements dès que l’on avait besoin de faire des contrôles qualité ou des tests», explique Corentin Dejean, le CEO d’Ecklo, spécialisée dans la conception de housses réutilisables en remplacement des films plastique qui entourent les palettes de marchandises.
La greentech, qui loue un atelier de 135 mètres carrés, assure que la proximité de Paris est un atout pour recruter des talents. À l’origine de cette «usine urbaine», en 2022, il y a la rencontre entre Sonia Artinian-Fredou et les propriétaires de l’immeuble de bureaux Bahia. Ils partagent l’envie de créer un lieu réunissant espaces de coworking, showrooms, laboratoires et ateliers de prototypage industriel. Pour l’heure, le «campus» accueille neuf jeunes greentechs industrielles sur 3 500 mètres carrés, et espère passer à 30 sur 10 000 mètres carrés d’ici à la fin 2026.
Pour aménager les locaux et recruter six salariés, Find Climate a reçu une subvention de 2 millions d’euros du plan France 2030 et de la région Ile-de-France, dans le cadre de l’appel à projets Grands lieux d’innovation. Sonia Artinian-Fredou mise sur la coopération multisecteurs et, pourquoi pas, sur la construction d’offres communes. «Si l’on reste sur une seule chaîne de valeur, on peut perdre des occasions commerciales et rater son passage à l’échelle», estime cette biologiste formée à l’École nationale du génie rural, des eaux et des forêts. De leur côté, les start-up disent apprécier cette dynamique d’échanges, comme une assurance supplémentaire dans ces temps incertains.
La disparition controversée du dispositif Jeune docteur
Alors que, le 5 mai, la France mettait sur la table 100 millions d’euros en faveur de l’accueil des chercheurs américains menacés par Trump, la disparition du dispositif Jeune docteur du crédit d’impôt recherche (CIR) dans le projet de loi de finances 2025 a décidément du mal à passer. Créé en 2008, ce mécanisme permettait aux entreprises d’embaucher un titulaire de doctorat contre un crédit d’impôt de 120% du coût salarial durant vingt-quatre mois.
Depuis l’interruption de ce financement de 90 millions d’euros, quelque 3 000 emplois (sur 9 000 contrats) ont été supprimés et 100% des start-up greentechs (qui représentent 20% des start-up deeptechs selon Bpifrance) sont touchées d’après le collectif Jeune docteur-CIR. Début avril, le député Renaissance de l’Essonne Paul Midy a déposé une proposition de loi pour rétablir ce dispositif. «Si cette proposition devient transpartisane, elle pourrait être inscrite à l’ordre du jour du Parlement avant l’été. Toutefois, l’échéance la plus probable sera le prochain budget», précise un collaborateur du député.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle n°3743 - Juin 2025



