[L’instant tech] Pour conquérir de nouveaux utilisateurs, Pasqal met son ordinateur quantique sur le cloud

En rendant accessible sur le cloud de Microsoft Azure son processeur quantique, la start-up francilienne Pasqal fait un pas vers de nouveaux utilisateurs. Une manière de générer des revenus et de préparer des cas d’usages de sa technologie.

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Pasqal
Maquette de l'ordinateur quantique de Pasqal.

Les pépites françaises du quantique mènent leur barque. Tandis qu’Alice & Bob fait tomber les records, Pasqal accélère vers la commercialisation de ses processeurs quantiques à base d’atomes froids. La start-up issue de l’institut d’Optique de Palaiseau (Essonne) a annoncé le 21 mars avoir signé un partenariat avec le service cloud de Microsoft, Azure, pour mettre en ligne sa technologie. Une manière de générer des revenus en attendant que son calculateur soit assez mature pour être vendu et installé chez des industriels.

« C’est un canal de distribution pour donner accès au plus grand nombre à notre technologie, dans un écosystème de services qui l’enrichissent », affirme Georges-Olivier Reymond, le PDG de la start-up. Et Azure n’est qu’un début. Devraient suivre AWS et le français OVH, dont le service de cloud quantique est en cours de développement et où la start-up héberge déjà une partie de l’infrastructure nécessaire pour mettre ses qubits sur internet.

Paiement à l’opération

Comment ça marche, un ordinateur quantique sur le cloud ? « Il y a un portail d’accès : si vous êtes prêt à payer, vous pouvez utiliser notre ordinateur », affirme le PDG, sans dévoiler le prix d’un accès, défini selon le nombre d’opérations réalisées. « Ensuite, nous ne laissons pas les gens se débrouiller seuls avec un nouvel outil, ajoute-t-il. Il y a des tutoriels et des exemples pour que les utilisateurs expérimentent progressivement ; et certains de nos experts sont disponibles pour fournir de l’aide. »

Les utilisateurs peuvent ainsi prendre en main l’environnement logiciel de programmation développé par Pasqal : des bibliothèques de fonctions mathématiques qui permettent de construire des applications. « Il y a un langage de programmation propre à notre processeur qu’il faut utiliser, rappelle Georges-Olivier Reymond. Cela nous permet de fournir des briques clés en main pour que l’utilisateur n’ait pas forcément à être spécialiste d’informatique quantique pour coder. »

Ces clients sont principalement des industriels et des chercheurs. Ainsi, EDF, le Crédit Agricole ou Aramco, qui ont lié des partenariats avec Pasqal pour développer ensemble des briques technologiques répondant à leurs problématiques, louent du temps de calcul pour les exécuter. Mais d’autres, qui n’ont pas bénéficié de cet accompagnement amont, peuvent aussi s’y essayer.  

Cas d'usages à l'échelle

Tout ceci dans un but : « créer des cas d’usages », rappelle le PDG, qui voit dans le cloud la porte d’entrée vers le quantique pour de nombreux utilisateurs. « Le marché va démarrer par le cloud car les gens veulent tester la technologie et cela permet de s’y essayer à moindres frais », argue-t-il, observant « un vrai appétit du marché ». Le taux d’utilisation de l’unique ordinateur quantique mis en ligne par Pasqal serait ainsi déjà « largement au-delà de 100 %, davantage que ce que nous attendions », relate Georges-Olivier Reymond. Probable cause de ce succès, les capacités du calculateur francilien, variant de 100 à 200 qubits, le placent « parmi ce qui se fait de mieux », observe le scientifique. C’est aussi le seul processeur à base d’atomes froids accessible en ligne… et l’unique français. « Mais il faut tempérer les attentes des clients : cela ne permet pas d’atteindre l’avantage quantique, ajoute-t-il. Pour autant, cela permet d’implémenter des cas d’usage à échelle réelle, proche de l’opérationnel, et de savoir précisément quand ils pourront passer en production. »

Tester avant... d'acheter

Cet engouement devrait rassurer la start-up pour la suite. Après s’être fait la main à distance, certains clients cloud pourraient, à terme, faire le choix d’un achat. «Certains utilisateurs vont vouloir conserver leurs données en interne, pour cela ils devront passer par un achat, anticipe Georges-Olivier Reymond. Des centres de calcul haute-performance qui proposent une offre de service complète avec CPU [central processing unit] et GPU [graphic processing unit] sont par exemple intéressés pour y ajouter des QPU [quantum processing unit].»

Ces derniers – « des organismes publics pionniers de leur domaine qui ont moins d’obligations de retour sur investissement », selon le PDG – précéderont probablement les industriels, « qui testent davantage avant d’acheter, pour être sûrs de l’intérêt de la technologie », oppose-t-il. Des perspectives qui devraient permettre remplir l’usine de Pasqal dont les capacités, à terme, permettront de fabriquer jusqu’à six calculateurs en parallèle. Pour le cloud d’abord, et les clients ensuite.

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