Analyse

Pourquoi tant de start-up étrangères du quantique s’installent en Île-de-France

En moins de trois ans, six start-up étrangères spécialistes des technologies quantiques se sont installées en Île-de-France. Le nombre, élevé pour ce secteur naissant, s’explique autant par l’excellence académique que par les politiques publiques initiées ces dernières années.

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Université Paris-Saclay
L'université Paris-Saclay participe à l'attractivité de la région Île-de-France.

Et de six ! L’installation de la pépite finlandaise IQM à Paris, à la mi-décembre 2021, confirme l’attractivité de la capitale et la région Île-de-France pour les jeunes pousses étrangères du quantique. Après que la jeune entreprise californienne QC-Ware a ouvert le bal en 2019, les arrivées en provenance des Etats-Unis, du Royaume-Uni, des Pays-Bas ou encore d’Espagne se sont succédé.

Si l’on compte la société néerlandaise Qu&Co, qui a fusionné avec Pasqal en janvier, six start-up étrangères ont posé leurs valises en Île-de-France en moins de trois ans. Un nombre important pour ce secteur naissant. Au même titre que les régions de Londres ou Munich, l’Île-de-France – principalement Paris intra-muros et Paris-Saclay (Essonne) – devient une place forte du quantique européen.

Vivier de talents 

Un succès en partie dû à sa densité académique : ENS, Institut d’optique, Sorbonne Université, Université Paris-Saclay, … La liste des établissements reconnus est longue, tout comme celle des laboratoires prestigieux qui leur sont affiliés. « Plus de la moitié des laboratoires français de physique quantique sont basés dans la région », estime Thomas Fauvel, développeur commercial chargé des deeptech dans l’agence d’attractivité Choose Paris Region.

Cet argument n’est pas anodin, dans un secteur où la pénurie de talents force les jeunes entreprises à ouvrir rapidement des bureaux à l’international. « Le manque de profils qualifiés est un défi, relate Bjorn Potter, responsable France d’IQM. Ouvrir plusieurs bureaux est presque obligatoire pour recruter. » Cerise sur le gâteau, en France, le coût des ressources spécialisées prisées par ces start-up à forte activité de recherche est bas.

Les doctorants et post-doctorants représentent 40% des salariés de la pépite espagnole Multiverse Computing, qui a ouvert des bureaux à Paris et Munich en 2021. De quoi motiver des stratégies de recrutement actives. QC-Ware entend recruter une dizaine de personnes en 2022 et 2023, tandis que Multiverse Computing compte atteindre les 20 à 25 salariés à Paris dès l’année prochaine. IQM, lui, vise les 40 salariés en France d’ici à 2024.

Pack quantique et plan national

« La technologie mûrit très vite, observe Enrique Lizaso Olmos, fondateur de Multiverse Computing, aussi implanté à Toronto (Canada). Nous ne pouvons pas attendre de grandir, il faut le faire maintenant en se rapprochant des talents et de nouveaux clients. » Ces potentiels nouveaux clients sont souvent les « grands groupes, comme TotalEnergies ou EDF, qui ont commencé tôt à travailler sur le quantique », observe de son côté Iordanis Kerenidis, directeur technique de QC-Ware, basé à Paris.

La politique de la région vise d’ailleurs à rapprocher ces industriels des start-up locales. « Nous avons mis en place des dispositifs pour soutenir l’expérimentation d’applications industrielles des technologies quantiques, rappelle Alexandra Dublanche, vice-présidente de la région chargée de l’innovation. Nous apportons une aide financière et nous essayons de jouer un rôle d’entremetteur pour faciliter les rencontres dans cet écosystème. »

Participer à la plateforme nationale

Cette aide financière se concrétise par une enveloppe de 2,5 millions d’euros, annoncée fin 2020. Le pack Quantique, premier volet de ce plan régional, est doté de 1,5 million d’euros et finance sur trois ans une dizaine de preuves de concept sur le calcul quantique – pour l'essentiel portés conjointement par une start-up et un industriel. Le second, lui, est un projet de 1 million d’euros visant à mettre sur pied un réseau de communications quantiques reliant Paris intra-muros à Paris-Saclay, en passant par Châtillon (Hauts-de-Seine). La pépite britannique Kets s’est installée dans la région pour y participer.

A ce programme, s’ajoute le plan national de 1,8 milliard d’euros sur cinq ans annoncé début 2021 par Emmanuel Macron, « qui crée des conditions favorables pour les start-up, notamment via des financements pour leurs projets avec des industriels », rappelle Iordanis Kerenidis, qui a participé à l’élaboration de ce plan. Un an après son lancement, il a accouché d’un projet de plateforme nationale de calcul quantique hybride, annoncé en janvier 2022.

Installé à Bruyères-le-Châtel (Essonne), ce dispositif sera ouvert aux start-up, académiques et industriels, mais aussi à l'Armée, et renforce déjà l’intérêt européen pour la région capitale. « Un de nos objectifs est de participer à cette plateforme, confirme Bjorn Potter, d’IQM. Nous l’avons déjà fait en Allemagne et en Finlande, avec la coopération d’Atos qui nous a aidés à hybrider notre calculateur quantique à un supercalculateur. »

En participant au dynamisme de l’écosystème quantique local, l’attractivité de la région attise la concurrence. Revers de la médaille, les start-up françaises du quantique devront désormais faire avec leurs concurrents étrangers sur tous les fronts, tant sur le recrutement que la participation aux grands projets nationaux. 

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