Le quantique français a la cote auprès des investisseurs. La pépite Quandela a annoncé le 16 novembre avoir levé 15 millions d’euros, un peu plus d’un an après avoir bouclé un tour d’amorçage de 1,5 million en juillet 2020. La pépite du plateau de Saclay (Essonne) rejoint ainsi ses compatriotes C12 Quantum Electronics et Pasqal, qui ont respectivement levé 8,8 et 25 millions d’euros cette année. Les financements pourvus par le fonds d’investissement deeptech Omnes, le Fonds Innovation Défense et le fonds spécialisé Quantonation vont permettre à la start-up – dont la salle blanche est à Palaiseau et le showroom à Massy, dans l’Essonne – de continuer le développement logiciel et matériel de son processeur quantique, qui utilise des photons en guise de qubits.
Générateur de photons et d'aléatoire
Créée en 2017 sur la base de plus de vingt ans de travaux menés au Centre de nanosciences et de nanotechnologies du CNRS, l’entreprise s’est faite connaître pour le générateur de photons uniques qu’elle commercialise – Prometheus. « Nous avons équipé des laboratoires académiques en Autriche, aux Pays-Bas, en Italie, en Russie et en Australie, égrène Valérian Giesz, l’un de ses cofondateurs. Ils les utilisent pour développer leurs ordinateurs quantiques, sur la base de notre technologie. »
Loin d’être un simple fournisseur de solution, Quandela travaille de son côté sur son propre processeur quantique. « Nous associons ce générateur de photons uniques à des puces de différents matériaux – du verre ou du nitrure de silicium – pour créer un ordinateur quantique fonctionnant à température ambiante », souligne l’ingénieur, docteur en optique quantique. Un avantage face aux dispositifs de Google et IBM, dont les qubits nécessitent un refroidissement extrême pour fonctionner.
Contrairement aux dispositifs de photonique quantique expérimentaux, conçus pour résoudre un problème précis, le processeur quantique de Quandela est modulaire, programmable pour effectuer différents algorithmes. Pour l’instant doté de deux qubits, il devrait en compter six en 2022, année où il sera mis à disposition d’utilisateurs via un service en cloud. Le nombre de photons géré par la puce devrait ensuite doubler chaque année, pour atteindre 24 en 2024.
Pour y parvenir, la jeune start-up gonfle ses effectifs. De 31 en novembre, elle souhaite passer à 35 salariés à la fin de l’année… Et à 70 d’ici à fin 2022. « Nous recrutons autant sur le côté hardware que sur le digital et les algorithmes, pour transformer des problèmes concrets en une succession d’instructions, appelées portes quantiques, à la puce », présente Valérian Giesz. Les travaux ont déjà commencé pour développer un langage assembleur – un langage de programmation proche du langage machine – et un compilateur, indispensables pour coder des algorithmes et les transmettre au système de calcul.
Des applications concrètes à court-terme
« Notre position est de privilégier la qualité et la mise à l’échelle plutôt que la quantité, insiste le cofondateur. Nous préférons montrer que nous avons des applications avec deux, puis six, puis 12 qubits plutôt que nous lancer dans la course au nombre de qubits. » Ainsi, la pépite a mis au point un programme utilisant les deux qubits de sa puce pour proposer un service de génération de nombres aléatoires. « Nous nous basons sur les fondamentaux de la physique quantique pour extraire une série de nombres certifiée sans répétition et 100% impossible à reproduire », présente Valérian Giesz. Un service dont les usages se trouvent dans la cybersécurité, la simulation ou encore l’apprentissage machine. Du concret, qui sera accessible en ligne en même temps que la prochaine puce de Quandela.



