[Start-up de l'année] Pasqal, du labo à l'usine

La start-up Pasqal a développé un ordinateur quantique fondé sur la manipulation d’atomes par des lasers. Une technologie complexe, issue de la recherche fondamentale, qui séduit investisseurs et futurs clients. La jeune société est la start-up de l'année 2021 de L'Usine Nouvelle.

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Maquette du calculateur quantique de Pasqal à l'Institut d'optique, à Palaiseau. Les prochaines machines seront modulaires, déplaçables et compactes.

Des atomes manipulés individuellement par des pinces laser… pour réaliser des calculs. Difficile de résumer la technologie de la start-up Pasqal, dite des atomes froids, sans donner l’impression d’un roman d’anticipation. Son ordinateur quantique – car c’est de cela qu’il s’agit – n’a pourtant rien d’imaginaire. Son succès non plus. Créée en mars 2019, la pépite a effectué sa première levée de fonds en juin 2021 : 25 millions d’euros. Entre-temps, elle a pris une place prépondérante dans le petit monde de l’informatique quantique, étant l’une des rares sociétés au monde à prévoir la commercialisation d’un processeur quantique au cours des deux prochaines années.

Encore hébergé dans les locaux de l’Institut d’optique de Palaiseau (Essonne), Pasqal est une émanation des travaux fondateurs du physicien Alain Aspect, qui a démontré dans les années 1980, dans ce même institut, le phénomène d’intrication quantique. Directeur de thèse de l’un des cinq fondateurs – Antoine Browaeys, médaille d’argent 2021 du CNRS –, Alain Aspect occupe le poste de… quantum guru. Issue de la recherche fondamentale, la start-up n’en a pas moins des visées industrielles.

Si son premier calculateur quantique (qui est en réalité ce que l’on appelle un simulateur quantique) reste une installation de laboratoire intransportable, bardée de lentilles, de câbles et de moniteurs, les prochains seront, eux, modulaires, déplaçables et compacts. « Pour l’instant, il nous faut presque un an pour produire une machine, nous sommes encore en phase de découverte, explique Georges-Olivier Reymond, cofondateur et directeur général de Pasqal. Pour l’instant, nous fabriquons nos deux premiers calculateurs commerciaux. »

Début de la production en 2022

Assemblées dans un local de l’Institut d’optique, ces premières machines n’en sortiront pourtant pas. À la fin de leur fabrication, elles seront mises à la disposition d’entreprises et de laboratoires de recherche via un service cloud. Les prochaines, elles, auront vocation à être expédiées à des clients. Et ne seront pas fabriquées dans les locaux de l’académie. Pasqal fait construire, grâce à un soutien financier du plan France Relance, une usine de 1 000 m2, avec des bureaux associés, à Massy (Essonne). Début de la production prévu en 2022. «Nous pourrons y fabriquer sixmachines en parallèle, indique le directeur général. C’est de la petite série, mais cela correspond à nos volumes.»

Bancs optiques, lasers, chambres à vide, modules de contrôle… La fabrication des machines consiste principalement en l’intégration, en salle propre, de composants disponibles sur étagère. Seul leur test, réalisé par un processeur quantique, nécessite une installation vraiment spécifique. La pépite espère atteindre rapidement un rythme de production de 100 processeurs quantiques par an, chacun d’une valeur de plusieurs millions d’euros. Ceux-ci auront notamment vocation à être installés dans des centres de calcul intensif : le supercalculateur Joliot-Curie du CEA et celui du centre allemand de Jülich en seront les premiers bénéficiaires, dès 2023, via un programme européen.

Considérée comme « un modèle du genre, ambitieuse et réaliste » par Jean Dalibard, médaille d’or 2021 du CNRS dont les travaux sont, eux aussi, à l’origine de sa création, la start-up Pasqal était même citée en exemple par Emmanuel Macron, au début de l’année, lors de la présentation de son plan de financement du secteur. Mais l’intérêt du gouvernement dépasse les paroles du président de la République. Le premier investissement du Fonds innovation défense du ministère des Armées a été à la start-up. « Doté d’une équipe de chercheurs des plus renommés au monde, Pasqal comptera à l’avenir parmi les leaders des calculateurs quantiques », avait alors déclaré la ministre des Armées, Florence Parly.

Partenariats avec des entreprises

Pour l’instant, « les premières machines vont sortir d’usine avec une capacité de 100 à 200 qubits et n’apporteront pas d’avantage quantique », rappelle Georges-Olivier Reymond. Leur intérêt n’est pas nul pour autant. Et plusieurs entreprises nouent déjà des partenariats pour en profiter. EDF pour concevoir un système d’optimisation des grilles de recharge intelligente de véhicules électriques, Atos pour doper les performances de ses supercalculateurs, ou encore le Crédit agricole pour améliorer ses algorithmes financiers et de gestion des risques.

Pour autant, la start-up ne compte pas s’arrêter là. Et son activité de R&D bat encore son plein. « Dans le laboratoire de l’Institut d’optique, des expériences portent déjà sur 800 à 1 000 qubits », dévoile Olivier Tonneau, associé de Quantonation, le fonds d’investissement spécialisé qui a mené le tour de table de la première levée de fonds de Pasqal. Mais l’utilisation d’une telle capacité de calcul pour résoudre des problèmes concrets – et se rapprocher d’un éventuel avantage quantique – ne verra pas le jour avant 2023, selon la pépite. Une échéance à la fois lointaine et proche. Surtout au vu de la trajectoire de l’entreprise. Forte de 25 salariés au moment de sa levée de fonds, elle en comptait 40 fin septembre… et en prévoyait 10 supplémentaires d’ici à la fin de l’année.

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Vous lisez un article publié dans L'Usine Nouvelle n°3699 de novembre 2021

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