Scruter sous toutes les coutures ces installations immenses que sont les éoliennes offshore, contre vents et marées. Et ce, sans intervention humaine. C’est l’objectif du projet Inemar (INspection d’Eoliennes en Mer par drones Automatiques Robustes), lancé en juin par un consortium d’acteurs d'Occitanie. Quatre entreprises, ainsi que l’école d’ingénieurs Isae-Supaero se sont associées pour mettre au point un contrôle visuel automatisé adapté aux parcs éoliens en mer, en lieu et place des dangereuses et coûteuses interventions humaines. Les premiers tests devraient avoir lieu en 2023 au sein du parc éolien de Leucate-Le Barcarès (Pyrénées-Orientales).
Comment le consortium compte-t-il s’y prendre? Le projet s’appuiera sur deux engins distincts: un drone aérien, fournit par Diodon, et un robot sous-marin, fabriqué par TMI-Orion. A elles deux, ces plateformes pourront assurer une couverture complète des zones à inspecter. Corrosion, fissures, peinture écaillée, traces de foudroiement, impact aviaire… Lors d’une inspection, chaque engin photographiera zone par zone sa cible et transmettra en temps réel les données à une station au sol. Un examen méticuleux qui s’inspirera de ce qui se pratique déjà dans le secteur aéronautique.
Et c’est Donecle qui va assurer ce transfert de technologie. Spécialisée dans l’inspection automatisée d’avions par drones, comptant parmi ses clients Lufthansa et Air France, l'entreprise a développé un logiciel d’analyse d’images basée sur l’utilisation de l’intelligence artificielle. «Avions et éoliennes étant en bonne partie constitué de matériaux similaires, en particulier de composites, on retrouve les mêmes défauts à caractériser, précise Jérôme George, responsable du projet Inemar chez Donecle. Le logiciel a appris à reconnaître et à classer chaque type de défaut grâce au machine learning.» Une transposition à laquelle 8.2 France, société d’expertise et de conseil dans les énergies renouvelables, viendra prêter main forte.
Mettre au point un drone robuste
Pour se positionner autour de l’installation, le drone utilisera un radar laser (Lidar), qui comparera ce scan de l’éolienne en mer à la maquette numérique de l’installation. Une solution bien plus précise que le GPS. Compte tenu des dimensions d’une éolienne offshore, (environ 200 mètres de haut et 160 mètres de diamètre pour le rotor), l’expert s’attend à ce qu’une inspection automatisée dure à peu près autant de temps que pour un avion, soit environ une heure. Un gain de temps précieux, sachant qu’une intervention humaine nécessite pour cette tâche plusieurs heures. Reste que ce contrôle robotisé ne sera pas de tout repos. Car l’environnement en mer n’est pas celui que l’on trouve au-dessus du plancher des vaches…
D’où la nécessité pour le drone aérien de pouvoir se positionner et rester stable, malgré les rafales de vent, pour assurer des prises de vues nettes. C’est la mission qui incombe à l’Isae-Supaero. «Le drone va devoir résister à des vents de force 6 ou 7 tout en se rapprochant des structures sans les percuter», prévoit Yves Brière, enseignant-chercheur et professeur d’automatiques au sein de l’école d’ingénieurs. Ce qui passera par la définition de lois de commandes spécifiques mettant en œuvre différents capteurs: anticipation des perturbations pour mieux les contrer, adaptation des vitesses de rotation de chaque rotor pour améliorer la stabilité… Ce qui devrait fournir au drone de quoi faire face aux éléments.



