Espérant une baisse de l’inflation « la direction attendra le 15 du mois et la publication par l’Insee du nouveau taux pour faire ses propositions », révèle le syndicaliste d’un grand groupe de la métallurgie. De 1,1 % en septembre sur douze mois glissants, l’inflation est remontée à 1,4 % en janvier. Jamais elle n’a autant été la boussole des négociations annuelles obligatoires (NAO) que ces dernières années.
« Depuis juin 2021, on observe une corrélation élevée entre l’inflation mensuelle sur douze mois et les résultats des NAO, constate Alice Rustique, chargée d’études au sein du Groupe Alpha. Dans la mesure où il existe généralement un écart entre les augmentations accordées en septembre et en mars, les entreprises se demandent quel est le moment propice pour négocier. »
Selon une analyse du Groupe Alpha sur 630 accords de NAO publiés entre septembre et décembre 2024 sur Légifrance, les augmentations seront, en moyenne, de 2,27 % pour 2025. L’enquête montre que les signatures ont été moins nombreuses sur cette période que les années précédentes. « Soit il y a eu plus d’échecs des négociations aboutissant à des décisions unilatérales des employeurs, soit les négociations ont été décalées au début de l’année, dans l’espoir d’un reflux de l’inflation », interprète Alice Rustique.
L’échec a été rapidement acté chez Michelin, après deux demi-journées de discussion en janvier. Les quatre organisations syndicales représentatives du groupe ont refusé de signer ce que leur proposait leur direction : 2,5 % d’augmentations pour les ouvriers, techniciens et agents de maîtrise, 2 % pour les cadres. Les syndicats réclamaient d’une seule voix 3,5 % hors promotions.

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L’an dernier, ils avaient obtenu 5 %. « Dans les 2 % d’augmentations individuelles prévus pour les cadres, 0,75 % était réservé à la rémunération des promotions en cours d’année, qui ne concernent que 15 % d’entre eux. Cela laissait une enveloppe de 1,25 % d’augmentations pour 85 % des 7 000 cadres, environ, du groupe », proteste Dominique Bourgois, délégué syndical CFE-CGC. Faute d’accord, la direction prendra une décision unilatérale, conforme ou non à sa proposition.
Pour les syndicats de Michelin, le but était d’obtenir un peu plus que le rattrapage de l’inflation, celui-ci étant effectif pour les cadres et légèrement dépassé pour les ouvriers et agents de maîtrise, reconnaît le délégué CFE-CGC. Une situation minoritaire : selon l’enquête du Groupe Alpha, si les augmentations moyennes obtenues par les NAO de fin 2024 (+ 2,6 % en septembre, + 2,3 % en octobre, + 2,2 % en décembre) sont supérieures à l’inflation (qui oscillait entre 1,1 et 1,3 % sur la même période), elles ne suffisent toujours pas à rattraper les pertes de pouvoir d’achat des années précédentes.
Un peu plus dans la métallurgie
Chez Stellantis, la CFE-CGC, première organisation du groupe, demande de compenser la baisse de pouvoir d’achat des années précédentes (0,8 %) et d’y ajouter l’inflation des douze derniers mois (1,2 % au moment des calculs), soit une augmentation générale (AG) de 2 % pour tous les salariés. « L’inflation, c’est pour tout le monde », argumente le délégué syndical central de la CFE-CGC, Laurent Oechsel, alors que traditionnellement, chez Stellantis, les augmentations générales sont réservées aux non-cadres. S’y ajouterait une enveloppe de 1,3 % de la masse salariale pour les augmentations individuelles, soit un total de 3,3 %, contre 4,3 % obtenus l’an passé. FO réclame 3,5 %, la CFTC 3,3 %. La direction devait faire ses propositions fin février ou début mars.
La métallurgie a été peu plus généreuse que les autres secteurs, avec une moyenne de 2,35 % de hausses de salaires pour 2025. Chez Becton Dickinson France (dispositifs et matériels médicaux), elles seront par exemple de 3,2 % pour tout le monde. Chez Tefal, de 2,8 % pour les non-cadres (dont 2 % d’AG) et de 2,8 % d’augmentation individuelle pour les cadres (dont 0,3 % pour les promotions). Les écarts entre les sous-secteurs de la métallurgie ne sont pas très marqués. C’est dans celui des machines, moteurs et équipements que les hausses seront le plus élevées (2,72 %) et dans la sidérurgie et la fonderie (2,07 %) et l’automobile (2,08 %) qu’elles seront les plus faibles. Entre les deux, les salaires augmenteront de 2,48 % dans les équipements électriques, de 2,14 % dans l’aéronautique, le spatial et la défense. La métallurgie fait mieux que l’agroalimentaire (+ 1,94 %), mais moins bien que la construction (+ 2,45 %).
Des taux qui rendent d’autant plus amers les salariés de Thales, à qui leur direction a proposé des augmentations moyennes de 1,5 %, les plus faibles depuis vingt ans. Augmentation 0, même, chez Thales Alenia Space… Des débrayages ont eu lieu, alors que l’intersyndicale réclamait 3,5 % de hausse de la masse salariale. « Les résultats du groupe sont excellents, les carnets de commandes sont remplis pour les quatre prochaines années. Les actions gratuites distribuées aux dirigeants leur ont permis de gagner un pactole et ils demandent aux salariés de se serrer la ceinture ! s’insurge Anthony Perrocheau, coordinateur CFDT pour Thales Group. Les salariés ont droit à une meilleure répartition des gains. » Faute d’accord, la direction appliquera des augmentations de 2 à 2,4 %.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3740 - Mars 2025



