Le bout du tunnel se rapproche. Et les industriels ont déjà la tête dans la reprise. Malgré le troisième confinement, les chefs d’entreprises du secteur manufacturier ont maintenu en avril leurs prévisions d’investissement inchangées pour 2021. Ils anticipent une progression de 10 % de leurs dépenses cette année. De quoi quasiment effacer la chute de 12 % enregistrée l’an dernier sur leurs projets.
« L’investissement avait déjà plutôt bien résisté en 2020 compte tenu de la chute d’activité. Le rebond de l’investissement ainsi que l’indicateur du climat des affaires confirment les perspectives dynamiques », pointe Emmanuel Jessua, le chef économiste de Rexecode. En avril 2021, le moral des industriels est repassé au-dessus de sa moyenne de longue période, à 104 points. L’optimisme est encore plus net chez les fabricants de biens d’équipement, dont le moral est à un plus haut de près de dix ans. Les carnets de commande se sont regarnis en France et à l’étranger. Et ont retrouvé au global leur niveau de long terme pour la première fois depuis février 2020, avant la pandémie.
REdémarrage des commandes partout dans le monde
« L’activité a bien redémarré depuis le début de l’année dans tous nos marchés sauf un. Nous sommes revenus à un niveau d’activité proche de 2019 », souligne Karine Mer, la présidente du plasturgiste Technoplast, qui dispose de deux usines dans la Sarthe et dans l’Aube. La page de la crise est pourtant encore loin d’être tournée pour l’économie française. Au second trimestre, la croissance devrait croître de 0,2 % seulement. L’activité reste 4 points en dessous de son niveau d’avant-crise, selon l’Insee, ce qui « correspond au creux atteint au plus fort de la crise de 2008 », remet en perspective Julien Pouget, le chef du département conjoncture de l’Insee.

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« La particularité de cette crise est son énorme hétérogénéité. Les entreprises qui vont mal sont dans les secteurs empêchés par la crise sanitaire. Dans les autres secteurs, leur situation financière est même plutôt meilleure que début 2020. Leur trésorerie est bonne et elles ont réduit leurs dettes nettes de cash grâce aux aides publiques et aux économies de coût réalisées pendant la crise », souligne Patrick Artus, chef économiste chez Natixis. Hormis dans l’aéronautique, les industriels profitent du redémarrage de l’activité un peu partout dans le monde. « La reprise est synchrone en Chine, aux Etats-Unis et en Europe, ce qui explique qu’elle soit violente », reprend Patrick Artus. Une fois les restrictions sanitaires levées, l’épargne accumulée par les ménages devrait faire bondir la consommation.
Le coup de pouce du plan de relance
« Ce n’est pas loin de l’euphorie. Nous avons un carnet de commandes comme nous n’en avons jamais eu et nous avons du mal à répondre à toutes les offres », reconnait Bruno Grandjean, le président du directoire de Redex, qui fabrique des biens d’équipement. Pour suivre la hausse de l’activité, l’ETI implantée à Ferrières-en-Gâtinais (Loiret) a commencé à réembaucher et envisage de reprendre bientôt les heures supplémentaires. Les machines-outils de Redex sont en grande partie destinées à la transformation des métaux, où la hausse du prix des matières premières tire les investissements. "La reconversion de lignes de production pour s’adapter à la mobilité électrique implique aussi des changements de process importants ", souligne encore Bruno Grandjean, qui pointe un « effet d’entraînement positif car personne ne veut être le dernier à investir ».
A cela s’ajoute le plan de relance. Le 3 mai, le gouvernement a réouvert le guichet « Industrie du futur » pour encourager les PME à digitaliser et automatiser leurs usines. 1,5 milliard d’euros ont déjà été engagés dans des subventions à des investissements industriels par France relance. Auer, qui a investi depuis le début de l’année 5 millions d’euros pour relocaliser la production de composants de ses pompes à chaleur à Feuquières-en-Vimeu (Somme) fait partie des bénéficiaires. « Le projet était dans les cartons depuis quelques temps. Automatiser nous permet de produire au même coût qu’en Europe de l’Est et de protéger nos savoir faire. Mais il y a eu un effet d’accélérateur avec le plan de relance », souligne Lionel Palandre, le directeur général d’Auer. Devant le succès des mesures France relance, un milliard d’euros supplémentaires a été fléché à nouveau vers l’industrie en mars. « Les entreprises doivent s’adapter à l’enjeu de la transition écologique et ont dû s’équiper pour se digitaliser », pointe Emmanuel Jessua.
Des tensions sur la production
Des grains de sable pourraient pourtant faire dérailler le redémarrage de l’industrie. Les tensions sur les approvisionnements et la hausse des prix des matières premières commencent à peser sur la production des usines. Les industriels sont plus nombreux à déclarer des contraintes d’offres que des difficultés de demande, selon l’Insee. « Nous avons des niveaux de hausse que nous n’avions jamais rencontrés, avec un doublement du prix de certaines matières plastiques depuis avril dernier. Les prix bougent à chaque commande. Cela impute notre rentabilité», souligne Karine Mer, la présidente de Technoplast qui a dû diversifier ses sources d’approvisionnement, avec plusieurs fournisseurs par matière et s’adapter à des délais rallongés de 3 à 4 semaines. Mais les investissements ne sont plus la priorité. « Nous avons une dette Covid, il faut que nous soyons prudents sur nos ratios. Nous regardons si nos besoins réels de renouvellement peuvent entrer dans le cadre du plan de relance, mais nous n’accélèrerons pas », ajoute Karine Mer. D’autant que l’entreprise avait réalisé des investissements importants en mars 2020, au moment du premier confinement.



