50 000 emplois de cadres. C'est ce qu'aura coûté le Covid en 2020, selon l'étude de référence de l'association pour l'emploi des cadres (Apec), dont la publication aura été repoussée de quelques mois. Début 2021, l'Apec a dénombré 228 700 embauches de cadres, soit une recul de 19% en un an. Pour mémoire, début 2020, l'Apec parlait de quasi plein emploi des cadres. Les temps ont bien changé.
L'emploi cadres se redresse en 2021
Mais on aurait tort de déprimer trop vite. D'abord, si on fait un effort de comparaison , on réalisera que cette crise, pour importante qu'elle a été, reste moins brutaleque l'éclatement de la bulle Internet au début du troisième millénaire, qui s'était traduit par un recul de 25 % des embauches des cadres. Il y a un peu plus de dix ans, l'onde de choc de la crise des subprimes (en 2008) a conduit à un recul de 28 % des embauches. Un peu de méthode Coué, ou quand je me regarde je me désole, quand je me compare, je me console.
Surtout, la conjoncture, pour incertaine qu'elle demeure, pourrait se retourner assez rapidement, comme l'indique l'enquête sur les intentions d'embauche. Prudent, le directeur général de l'Apec, Gilles Gateau préfère parler de "rebond modeste" pour 2021, où le nombre d'embauches prévues atteint 247 000. Cela représente certes une chute de 12 % par rapport à 2019, mais c'est davantage qu'en 2020 (en hausse de 8 %).
Des cadres dans les services
L'autre bonne nouvelle est que les secteurs traditionnellement gros employeurs de cadres sont plutôt en forte croissance. Ainsi en est-il avec les entreprises du secteur informatique, en hausse de 16 %, les activités de juridique-comptabilité et de conseil (+14%), l'ingénierie et la R&D de 13 %. Trois embauches de cadres sur quatre prévues en 2021 se feront dans le secteur des services. De même la croissance attendue en Ile-de-France (+10 %) est plutôt une bonne nouvelle pour l'année en cours, puisque traditionnellement c'est la région où l'on trouve la majorité des cadres français.
Dans la seule industrie, les prévisions de recrutement sont d'un peu plus de 31 000 en 2021, contre plus de 39 000 cadres en 2019. En 2020, il n'y en a eu que 29 990. Les plus forts volumes de recrutement de cadres sont attendus dans la mécanique/métallurgie (6610), les équipements électriques et électroniques (5520) et la chimie et l'industrie pharmaceutique (4740).
Des ombres au tableau
Mais cette reprise de l'emploi ne se fait pas toutes choses égales par ailleurs. Les intentions d'embauches concernent plutôt les jeunes cadres, notamment ceux qui ont moins de 10 ans d'expérience. Les cadres ayant entre 1 et 10 ans d'expérience seront encore les plus recherchés, représentant 60 % du total des recrutements. Les jeunes sortant de l'école tireront aussi leur épingle du jeu, même sur leur situation reste délicate. 39 900 recrutements sont attendus en 2021, après une année 2020 où le nombre était tombé à 35 200, quand en 2019, ils atteignaient 47 300. Pour les plus jeunes, l'insertion se fera relativement moins souvent avec un CDI, et avec un salaire d'embauche en léger recul.
Dans ce tableau plutôt optimiste figurent deux points noirs, l'industrie automobile et l'aéronautique. En 2021, le recul des embauches de cadres devrait atteindre 8 % en 2021 (par rapport en 2020). L'an dernier, la baisse était de 32 %. Cela se traduit dans certaines régions. Ainsi, en Occitanie, les prévisions d'embauches de cades en 2021 sont en recul de 1 % par rapport à 2020. Cela montre l'effet d'entrainement de l'aéronautique en temps normal habituellement, et qui joue dans l'autre sens.
Enfin, Gilles Gateau note qu'il restait une incertitude liée à la situation des entreprises quand les aides de l'Etat pour accompagner la crise du Covid se réduiront puis disparaîtront. Le modèle développé par l'Apec depuis plusieurs années montre le lien entre l'investissement et l'embauche de cadres. La situation financière des entreprises leur permettra-t-elle d'anticiper une poursuite de l'investissement dans les mois qui viennent ? Le nombre d'embauches de cadres finalement observé en 2021 et sûrement en 2022 en dépendra largement.



