Enquête

L'industrie du futur gagne les PME de Provence-Alpes-Côte d'Azur

Une multitude de dispositifs incitent les très nombreuses TPE-PME de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, peu numérisées et peu robotisées, à investir dans leur modernisation.

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Sterne, fabricant de pièces en silicone installé à Cavaillon (Vaucluse), a suivi le programme régional PSI 4.0.

Fabricante de pièces en silicone, Sterne, à Cavaillon (Vaucluse), a interconnecté toutes ses machines pour améliorer sa performance industrielle et récemment renforcé ses technologies d’impression 3D. À Carros (Alpes-Maritimes), le laboratoire Sofia Cosmétiques a numérisé ses outils et converti ses équipes de production au lean management. À Manosque (Alpes-de-Haute-Provence), où elle s’est dotée d’une nouvelle usine en 2018, Actimeat (transformation de produits carnés) a investi dans un nouveau système de qualification et de traçabilité de ses matières premières.

Ces trois PME ont pu sauter le pas vers l’industrie du futur grâce au "Parcours Sud Industrie 4.0" (PSI 4.0), un programme proposé par la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca) et son agence économique RisingSud, avec le concours d’Industries Méditerranée, la fédération de 14 filières industrielles, et de la Team Henri-Fabre, un "hub d’innovation mutualisée". À la fin de 2022, 500 PME de Paca auront bénéficié gratuitement d’un diagnostic précis et d’un mode d’emploi sur les investissements à engager pour accélérer leur numérisation. Derrière quelques grands comptes (Airbus, ArcelorMittal, STMicroelectronics, TotalEnergies, LyondellBasell…), l’industrie régionale (11 % du PIB) se disperse en une myriade de sociétés de moins de 50 salariés, que plusieurs dispositifs poussent à se moderniser. PSI 4.0 s’achève en fin d’année, mais ne devrait pas être abandonné. «Nous travaillons sur son évolution, explique Audrey Brun-Rabuel, la directrice de RisingSud. Il nous faut aller chercher les entreprises qui n’ont pas le réflexe de nous solliciter.»

Si elle reste principalement impulsée grâce à de l’argent public, l’invitation à se transformer est complétée par une offre de "travaux pratiques" entre industriels. À Marignane (Bouches-du-Rhône), la Team Henri-Fabre n’a pas cessé d’étoffer son technocentre de 2200 m2 dédié aux procédés, matériaux et revêtements du futur. Près de 15 millions d’euros y ont été investis depuis 2016 pour accélérer, autour d’équipements mutualisés, le déploiement de projets et de coopérations R & D entre sociétés régionales et grands groupes. La Plateforme régionale d’accélération de l’industrie du futur-Sud (Pracciis) vient de s’y installer, sur 800 m2. Cet investissement public-privé de 8 millions d’euros en cinq ans veut sensibiliser les PME à la réalité virtuelle et augmentée, à l’IA, aux objets connectés... Sur un vaste plateau, 25 sociétés y exposent leurs innovations. Il y a des géants comme Schneider Electric ou STMicroelectronics, déterminé à "démocratiser" les technologies d’IA embarquée. Mais aussi des PME, à l'instar de STid dans l’identification sans contact, de Volumic 3D dans les imprimantes 3D et d’Editag pour tracer des flux de production ou logistiques, et des start-up, telle Centiloc et ses étagères connectées NFC pour l’automatisation des stocks.

Un déploiement de projets

«Chaque dirigeant qui vient chercher des conseils doit repartir avec une solution sur mesure, explique Sylvain Gras, le directeur de l’Industrie du futur de la Team Henri-Fabre. La plateforme reposant sur un modèle payant, il doit contribuer financièrement pour marquer sa volonté de se transformer !» Les grands groupes se veulent pédagogues et incitatifs. «Avec quelques capteurs sur une chaîne de fabrication ou un suivi automatique de la consommation énergétique de son bâtiment, on peut rapidement gagner en performance et en productivité, réduire ses impacts environnementaux et les risques d’incidents, et améliorer le confort de travail de ses salariés», souligne Marion Bouthors, la directrice de Schneider Electric, à Carros (Alpes-Maritimes). «L’approche est plus collective, cohérente et collaborative entre industriels, académiques et institutionnels», se réjouit Christine Baze, la présidente d’Industries Méditerranée et la directrice stratégie, filières industrielles et relations institutionnelles d’EDF.

Des lieux pour tester et valider

Pour pérenniser cette logique, le technocentre de Team Henri-Fabre doit, à l’horizon 2024-2025, passer de 2 200 à 11 000 m2, dont 6 000 m2 de plateformes technologiques. Le projet avoisine les 30 millions d’euros d’investissement, toujours sur fonds publics et privés. Il ne sera pas le seul à faciliter l’exploration de l’industrie du futur. Dans son établissement de Gardanne (Bouches-du-Rhône), les Mines de Saint-Étienne vont accueillir un site d’expérimentation pour les objets connectés intelligents, l’IoT Center [lire l’encadré ci-dessus]. Et à Aix-en-Provence, la relance de Thecamp, sous l’impulsion de Kevin Polizzi, le fondateur de Jaguar Network et le président d’Unitel Group, doit mettre 3 000entreprises par an face à des technologies aptes à «rendre l’industrie plus sexy», dit-il. «La possibilité d’accéder à des équipements mutualisés et à des démonstrateurs, de prototyper des innovations et de les tester aide les PME à gagner en maturité», relève Nathalie Jardinier, la directrice stratégie de la Team Henri-Fabre.

«Il n’y a plus de phénomènes physiques qu’on ne peut numériser. Mais pour convaincre un dirigeant d’investir, il faut partir de cas d’usages», renchérit Marc Ricci, le directeur du pôle de compétitivité Optitec (optique-photonique). L’accumulation de dispositifs atténue néanmoins leur lisibilité. «Nous travaillons à l’articulation la plus intelligente, pour qu’il y ait complémentarité entre eux et non redondance, et pour mieux identifier les manques», admet Nathalie Jardinier. «Sur ce territoire, nous sommes les rois du guichet unique multiple», s’amuse Bernard Kleynhoff, le président de RisingSud. Quel que soit son point d’entrée, chaque entreprise doit finir par trouver le bon interlocuteur et la bonne réponse. #

Move2Digital, projet collectif

Un IoT Center prendra prochainement place sur le site de l’École des mines de Saint-Étienne, à Gardanne (Bouches-du-Rhône). Il sera l’un des dix supports français du Digital Innovation Hub Move2Digital, dispositif cofinancé par l’Europe pour accélérer l’appropriation par les entreprises de l’IA, des objets connectés et de la cybersécurité. Coordonné par le pôle Solutions communicantes sécurisées (SCS), l’IoT Center proposera ses équipements à 1 400 PME des greentechs, de la chimie, de l’énergie, de la santé, de l’espace... « Move2Digital aidera à rendre digital aware des entreprises au-delà de nos 310 membres, à explorer d’autres usages, à toucher d’autres filières, se réjouit Moussa Belkhiter, qui présidait SCS jusqu’au 9 septembre. C’est une excellente occasion. » Le démarrage est prévu en 2023.

 

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