Après le plan «European chips act», Bruxelles veut désormais renforcer son autonomie dans les matières premières critiques. Lors de son discours sur l’état de l’Union, le 14 septembre, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen a annoncé en 2023 un plan pour sécuriser son approvisionnement en métaux critiques (ou « critical raw materials act »). « Le lithium et les terres rares seront bientôt plus importants encore que le pétrole et le gaz », a rappelé Ursula von der Leyen. Pour la Commission européenne, il s’agit « d’éviter de nous retrouver à nouveau dans une situation de dépendance » comme pour les hydrocarbures.
Des besoins en lithium multipliés par 18 en 2030
Plus question de se reposer de façon excessive sur la Chine. Selon la Commission européenne, les besoins de l’Europe en terres rares et en cobalt devraient être multipliés par cinq d’ici 2030, ceux en lithium devraient progresser par 18. La Chine a acquis une position dominante dans la chaîne de transformation et le raffinage d’une grande partie de ces métaux nécessaires à la transition énergétique, avec près de 90 % du raffinage des terres rares et plus de la moitié de celui du lithium.
Depuis 2020, Bruxelles cherche à réduire ses dépendances. Elle s’est dotée d’une alliance industrielle sur le sujet. Mais le plan de la Commission marque une sérieuse inflexion vers une politique industrielle plus active. Il conforte les efforts de Paris, qui milite depuis des mois pour renforcer l’autonomie stratégique européenne.
Constituer des stocks stratégiques
Pour réduire sa vulnérabilité, la Commission mise toujours sur le commerce et la diversification de ses approvisionnements. Mais elle propose aussi de «constituer des réserves stratégiques là où l'approvisionnement est menacé», a avancé Ursula von der Leyen. La Commission jouerait un rôle de coordination entre Etats-membres, détaille le commissaire européen au marché intérieur Thierry Breton, alors que les réflexions commencent seulement en France sur la constitution de stocks stratégiques au niveau national. «Des écarts peuvent se creuser entre Etats membres, certains seront mieux préparés que d’autres. Cela pourrait aboutir à des perturbations des chaînes d’approvisionnement», argumente le commissaire.

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En parallèle, l’Europe réfléchit à se fixer des objectifs contraignants d’approvisionnement en métaux made in Europe. Elle pourrait ainsi obliger à transformer sur le continent «au moins 30 % de la demande européenne de lithium raffiné en 2030 et à recycler au moins 20 % des terres rares d’ici 2030» , indique Thierry Breton.
Un fonds de souveraineté européen à l'étude
Tout cela supposera d’attirer de nouveaux investissements. Les projets miniers et de transformation des métaux pourraient être considérés comme des projets stratégiques. De façon plus large, la Commission prévoit d’augmenter sa participation financière aux projets importants d'intérêt européen commun (PIIEC). «Et pour l'avenir, j'encouragerai la création d'un nouveau fonds de souveraineté européen», assure Ursula von der Leyen.
Pour le commissaire au marché intérieur, le futur fonds «devra permettre un soutien budgétaire direct, rapide et flexible à des projets bien identifiés présentant un intérêt pour la souveraineté de l’UE dans n’importe quel secteur de notre spectre industriel», précise-t-il sur son blog. Thierry Breton propose de le doter de moyens budgétaires «adéquats pour être crédible» en recourant à un emprunt commun des 27 Etats-membres. Le fonds servirait à «faire face aux dépendances critiques et compléter des projets industriels spécifiques soutenus par les projets européens d’intérêts communs afin d’accélérer leurs mises en œuvre», selon le commissaire français.
En investissant à l’échelle européenne, le fonds de souveraineté permettrait de «maintenir des conditions de concurrence équitables entre les Etats-membres qui ne disposent pas de la même marge de manœuvre budgétaire», rappelle Thierry Breton. La proposition va dans le sens de la France, favorable de longue date à un financement plus large des projets industriels. Paris militait aussi pour la création d’un fonds d’investissement capable d’investir dans des mines. Jusqu’à présent, il revient à chaque Etat de financer ses propres industriels retenus dans le cadre de ces PIIEC, que ce soit sur les batteries électriques, les semi-conducteurs ou l’hydrogène. Un prochain projet devrait être lancer dans le solaire, afin de se doter des capacités de production de panneaux en Europe.



