L’enjeu du partage de la valeur s’invite de plus en plus dans les assemblées générales des grandes entreprises

Dans un contexte plus favorable aux bonnes relations entre investisseurs et conseils d’administration, les assemblées générales des grands groupes ont été plutôt apaisées cette année. L’enjeu du partage de la valeur entre salariés et actionnaires a émergé comme un sujet incontournable en France, quand les revendications climatiques se sont faites plus discrètes.

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AFP NE PAS REUTILISER AG Safran 2024
Chez Safran le sujet du partage de la valeur a été évoqué à l'assemblée générale annuelle.

Globalement, la saison des assemblées générales (AG) de printemps s’est déroulée calmement en France en 2024 par rapport à l’année précédente. Grâce à des données économiques favorables, les relations entre les investisseurs et les conseils d’administration ont paru plutôt apaisées. «Le contexte était extrêmement favorable avec des cours de Bourse en hausse et une augmentation de 9% des dividendes votés cette année par rapport à 2023», indique Bénédicte Hautefort qui codirige l’entreprise Scalens. Cet éditeur de logiciels dédiés aux relations avec les investisseurs a dévoilé, mardi 11 juin, son bilan des AG à partir de l'analyse de 103 d’entre elles organisées par des entreprises de l’indice boursier SBF 120.

Selon le décompte de Scalens, les investisseurs ont voté à moins de 80% seulement 57 résolutions depuis le début de l’année, contre 98 en 2023. Les propositions des sociétés peuvent à la fois être mieux acceptées par les actionnaires, comme elles peuvent être mieux calibrées par les entreprises.

L'exposé sur le partage de la valeur devient incontournable

Dans ce contexte d’accalmie, c’est l’accent mis par les entreprises sur le partage de la valeur, et plus largement sur les questions sociales, qui a marqué la saison. «Cette question du partage de la valeur monte progressivement depuis la crise Covid, mais c’est la première année où l’exposé sur ce sujet est devenu une figure imposée dans beaucoup d’assemblées», souligne Bénédicte Hautefort.

Aux habitués comme Bouygues et Michelin, qui consacrent depuis plusieurs années des diapositives sur cet enjeu, se sont ajoutées d’autres entreprises comme Safran ou le spécialiste des équipements électriques et numériques pour les bâtiments Legrand. Bénédicte Hautefort y voit l’impact d’un changement dans la relation au travail des salariés et de l’incitation à davantage communiquer sur la performance extra-financière. «Le partage de la valeur est un des points du modèle d’affaires qui sera important avec la CSRD [la directive européenne sur la publication d’informations sur la durabilité qui produira ses effets en 2025, ndlr]», considère-t-elle.

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La rémunération des dirigeants reste un sujet de mécontentement

Sur les sept résolutions d’actionnaires dissidentes mises au vote cette année, une résolution concernait d’ailleurs le partage de la valeur, chez Orange. Son rejet n’a pas empêché les actionnaires de l’opérateur de le questionner dans ce domaine. Scalens a par exemple identifié une question portant sur une pétition signée par 15000 salariés du groupe qui demandait la réouverture d’une négociation sur les salaires. «Que pouvez-vous dire sur le partage de la valeur ?» ou encore «Pouvez-vous nous en dire plus sur la répartition de la valeur entre les parties prenantes ?» ont été d’autres questions entendues lors des AG de LVMH et L’Oréal par exemple.

Plus largement, la dimension «sociale» des AG 2024 s’est illustrée à travers d’autres thèmes. La rémunération des dirigeants a continué d’être le sujet de mécontentement numéro un des actionnaires en représentant 40% des résolutions votées à moins de 80%. L’exemple le plus spectaculaire a été le rejet par les actionnaires en mai dernier, lors d’un vote consultatif, de la rémunération des dirigeants de l’opérateur boursier Euronext au titre de l’année 2023.

Manifestation contre des suppressions d'emplois chez Sanofi

Les entreprises ont aussi parfois eu à cœur de tenir informés leurs actionnaires sur la manière dont l’intelligence artificielle allait affecter leurs salariés. Régulièrement pointé du doigt pour les conditions de travail de ses équipes, le spécialiste des centres d’appels Teleperformance a de son côté présenté en détail les résultats d’un audit sur le bien-être au travail de ses salariés. En parallèle de son AG fin avril, le laboratoire pharmaceutique Sanofi a lui été confronté à une manifestation d’environ 200 personnes qui lui reprochaient des suppressions de postes dues à un désengagement de la recherche en oncologie.

La coloration "sociale" des AG 2024 s’explique aussi probablement par une visibilité moindre des investisseurs pour le climat. Certes, la question environnementale a été plus prégnante que l'enjeu social lors des séances de questions. Mais seuls six votes consultatifs des actionnaires sur la stratégie climat des entreprises ("Say on climate") ont eu lieu cette année jusqu’ici. Il y en avait eu huit en 2023 et 12 en 2022, selon un bilan du Forum pour l’investissement responsable publié en septembre 2023.

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