Enquête

Les assemblées générales des grandes entreprises, théâtre de nouvelles contestations

Environnement, conditions de travail, diversité, climat… Les actionnaires et les militants se font de plus en plus pressants lors des assemblées générales.

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Vinci est l’un des douze groupes du SBF 120 ayant déjà fait voter une résolution sur leur politique climat.

Le chahut de militants écologistes aux assemblées générales (AG) de TotalEnergies et de Shell en 2022 en est un symptôme. Dans les AG des grandes entreprises cotées, la gouvernance et la finance ne sont plus les seules préoccupations. Les grands enjeux de la société s’y invitent, en particulier le climat. Selon une étude de la fintech Scalens portant sur 257 AG européennes de 2022, 18 % des questions posées aux entreprises par leurs actionnaires ont abordé ce sujet, à égalité avec la finance. « Aujourd’hui, une forme d’activisme vise à faire bouger les sociétés. De plus en plus de questions avec une coloration RSE sont posées à l’approche de l’assemblée », observe Antoine Brocas, le secrétaire du conseil d’administration de Pernod Ricard.

Des questions d’investisseurs, mais aussi d’ONG. « L’AG est un moment important pour obtenir des réponses ou pour montrer que l’entreprise n’est pas sérieuse sur le plan climatique si elle botte en touche. Poser une question à l’oral devant les actionnaires et les journalistes donne aussi un coup de projecteur », souligne Lucie Pinson, la fondatrice de Reclaim Finance, une ONG qui cible les acteurs financiers afin de les mobiliser sur les défis climatiques de l’industrie pétrolière et gazière.

La montée en puissance du "Say on climate"

Le sujet de la rémunération des dirigeants n’y échappe pas. En avril, le gestionnaire d’actifs Phitrust questionnait publiquement la rémunération 2021 du directeur général de Stellantis, notamment sur son « côté socialement acceptable ». Un épisode conclu par un vote majoritairement négatif des actionnaires lors de l’AG quelques jours plus tard. Mais le principal sujet de 2022 a surtout été le « Say on climate », le vote consultatif des actionnaires sur la politique environnementale d’une entreprise, dont la première résolution a été votée en 2020. Dans le SBF 120, dix sociétés (TotalEnergies, Engie, EDF, Elis, Getlink, Carrefour, Amundi, Icade, Nexity et Mercialys) ont présenté ce type de résolution en 2022, contre trois en 2021 (Total, Vinci et Atos) et aucune en 2020. Des démarches souvent favorisées par la pression de certains actionnaires : chez Vinci, le fonds britannique The Children’s Investment Fund Management avait proposé, sans succès, deux résolutions climatiques l’année précédant le Say on climate. « Pour les industries extractives et pétrolières, l’enjeu est aussi de se protéger face à des résolutions d’actionnaires », commente Loïc Dessaint, le directeur général de l’agence de conseil en vote Proxinvest.

En général, le dépôt de résolutions par des actionnaires minoritaires médiatise un dialogue privé rompu avec une entreprise. L’AG apparaît alors comme une date butoir. En témoigne l’exemple de la multinationale de l’alimentaire Unilever, qui doit publier en octobre de nouvelles informations sur le caractère sain de ses produits, en réaction à une résolution mise sur la table quelques mois avant son AG de mai par plusieurs investisseurs. Aux États-Unis, Amazon a annoncé peu avant son rendez-vous annuel la réalisation d’un audit destiné à évaluer les conséquences de ses pratiques sur les inégalités raciales, sous la pression d’une résolution portée par le fonds de pension de l’État de New York. Selon l’ONG Shareaction, le « fardeau » du dépôt de résolutions sur les aspects sociaux et environnementaux reste largement assumé par de petites organisations (société civile, gestionnaires d’actifs…), des fonds de pension locaux et des investisseurs confessionnels. Malgré l’effervescence des assemblées générales, « la contestation s’est globalement moins traduite dans les votes en Europe cette année, estime Marie Marchais, du Forum pour l’investissement responsable (FIR), une association d’investisseurs institutionnels, de gestionnaires d’actifs et d’acteurs de la société civile. Les Say on climate ont été peu contestés ».

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Anticiper les questions

Alors que le FIR pousse pour inclure un socle minimum d’informations (objectifs de réduction des émissions, plan d’actions détaillé…) dans les Say on climate et pour les généraliser, le débat ne fait que commencer avec les entreprises. D’autant que le taux d’alignement moyen des Say on climate français sur les recommandations du FIR n’a pas dépassé 50 % cette année.

Pour les entreprises, le Say on climate n’est pas la seule riposte à l’activisme environnemental et social. Chez Pernod Ricard, la direction reçoit chaque année un livret recensant les questions fréquemment posées dans les autres AG et les réponses à apporter. Pour Antoine Brocas, il faut surtout que la stratégie RSE soit bien comprise par les investisseurs, « en nourrissant au maximum le dialogue avec eux et avec les agences de conseil en vote qui ont une grande influence sur certains actionnaires ». Le secrétaire souligne en outre la présence de personnalités « qui connaissent la RSE existentielle » au sein du conseil d’administration de Pernod Ricard, comme Patricia Barbizet, par ailleurs administratrice chez TotalEnergies depuis quatorze ans. « Les compétences RSE se renforcent au sein des conseils en France, avec près de 60 % des sociétés du SBF 120 qui ont déclaré avoir cette compétence l’année dernière », constate Floriane de Saint-Pierre, la présidente du cabinet Ethics & Boards. À la tête de Sonj Conseil, Caroline Ruellan milite, elle, pour un rajeunissement des conseils d’administration pour bénéficier d’« un regard plus aiguisé sur ce sujet ». Directeur de l’activité « activisme actionnarial » à la banque Lazard, Rich Thomas recommande enfin de se préparer en adoptant le point de vue de l’investisseur. Aux entreprises d’être leurs propres activistes. 

93 %

C'est la taux d’approbation moyen des Say on climate (vote consultatif sur la politique environnementale) français dans les AG.

 

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Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle n° 3710 - Septembre 2022

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