Chez Michelin, tous les salariés dans le monde touchent désormais un «salaire décent»

Le groupe Michelin devient le premier groupe industriel français de l’automobile à offrir un «salaire décent» à l’ensemble de ses employés, afin de leur permettre de subvenir à leurs besoins et ceux de leur famille selon leur emplacement géographique.

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pneu Michelin Cuneo
Fabrication d'un pneu Michelin en France. Le pneumaticien veut proposer un salaire "décent" à chacun de ses salariés dans le monde. Soit parfois plus de trois fois le salaire minimum légal.

C’est une annonce qui entre en résonance forte avec l’actualité. Au lendemain de l’approbation polémique du salaire – indécent, jugent certains – de Carlos Tavares, le dirigeant de Stellantis, le groupe Michelin annonce jeudi 18 avril être en mesure d’offrir un «salaire décent» à l’ensemble de ses employés autour du globe. La notion de «salaire décent» («living wage» en anglais) est calculée géographiquement en fonction du salaire qu’un travailleur touche pour lui permettre de couvrir ses besoins de première nécessité (accès au logement, à l’eau, l’alimentation, les habits) ainsi que ceux de sa famille. Un «salaire décent» doit également permettre d’assurer l’éducation des enfants et de se constituer une épargne de précaution pour faire face aux aléas de la vie.

Ce concept, différent du salaire minimum légal, est désormais généralisé pour l’ensemble des 132 000 salariés du pneumaticien français, qui a obtenu en janvier 2024 une certification délivrée par l’ONG internationale Fair Wage Network. «Lors du Covid en 2020, nous nous sommes rendu compte que certains de tous nos salariés n’avaient plus les moyens de vivre décemment, retrace Florianne Viala, directrice rémunération des avantages sociaux du groupe Michelin. En 2021, nous avons réalisé un état des lieux, dont le résultat était loin d’être honteux : près 95% des employés du groupe étaient payés au “salaire décent”. On s’est donné deux ans pour aller chercher les 5% restants», soit près de 7000 personnes.

25 356 euros à Clermont-Ferrand, 39 638 euros à Paris

Le niveau de salaire décent peut varier à l'intérieur d'un même pays, en fonction des disparités régionales. Illustration en France, où le Smic est de 21 203,04 euros bruts annuels. A Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), où se trouve le siège historique du manufacturier, un salarié touchera au minimum 25 356 euros. A Paris, ce sera 39 638 euros. Selon Michelin, si une grande majorité de ses salariés en France touchent déjà un «salaire décent», passer au peigne fin l’ensemble de ses effectifs et étudier la situation de chaque employé a permis de mettre en lumière quelques exceptions et d’y remédier – même si ce dispositif devrait dans principalement venir en soutien aux salariés évoluant dans des régions en voie de développement, en Amérique du Sud ou en Asie.

«Ce salaire peut représenter jusqu’à trois fois le salaire minimum d’un pays, selon les géographies», poursuit Florianne Viala, qui est cependant bien en peine de chiffrer ce que représente ce geste financier pour la multinationale française. «Nous n’avons pas de chiffre consolidé, car la question du coût n’a pas été un sujet. C’est une décision qui a été prise par l’équipe dirigeante, qui estime qu’on ne peut pas générer de la marge si les gens sont en survie permanente pour joindre les deux bouts.»

Si le groupe Michelin devient le premier groupe industriel français de l’automobile à être certifié par l’ONG Fair Wage, d’autres acteurs industriels hexagonaux ont d’ores et déjà obtenu leur certification, à l’instar de Schneider Electric ou de L’Oréal. D’autres entreprises y réfléchissent, parmi lesquelles Stellantis, qui a engagé depuis plus d’un an une analyse de ses salaires en collaboration avec le Fair Wage Network.

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