L’aide à l’embauche en contrat de professionnalisation prend fin dès le 1er mai

Le gouvernement met fin dès le 1er mai 2024 à l’aide de 6000 euros versée aux entreprises pour l’embauche d’un salarié en contrat de professionnalisation. En 2023, le contrat de professionnalisation a représenté 15% des contrats d'alternance signés dans l’industrie.

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Le gouvernement met fin à l'aide à l'embauche en contrat de professionnalisation, mais ne touche pas à celle qui soutient l'apprentissage, qui représente le gros des troupes de l'alternance.

Le gouvernement a prévenu : il cherche 10 milliards d'euros d'économies dès cette année. Mis à contribution à hauteur de 1,1 milliard d’euros, le ministère du Travail supprime dès le 1er mai une aide mise en place en période post-Covid pour soutenir l’emploi des jeunes : l’aide à l’embauche d’un salarié en contrat de professionnalisation, de 6000 euros si le contrat est d’un an, sinon au prorata de la présence dans l'entreprise. Le décret est prêt, il a été examiné le 17 avril par les partenaires sociaux dans le cadre de la Commission nationale de la négociation collective.

Le contrat de professionnalisation, autre forme de l’alternance aux côtés de l’apprentissage, est ouverte aux jeunes de moins de 26 ans, aux demandeurs d’emploi de plus de 26 ans et à certains publics fragiles. Depuis la mise en place, en 2018, d’une aide au recrutement d’apprentis, sa part dans l’alternance n’a cessé de diminuer : fin 2023, il ne pesait que 9% du total des contrats d'alternance. Dans l’industrie, selon les données de l’Opco 2i, 15,4% des nouveaux alternants de 2023 (14730) ont été recrutés en contrat de professionnalisation, les autres (80635) en apprentissage. En 2023, 19% des entreprises industrielles ayant recruté un alternant ont eu recours au contrat de professionnalisation.

Le gouvernement ne supprime l’aide à l’embauche que pour les contrats de professionnalisation et ne touche pas à celle qui soutient l’apprentissage. Il tient à atteindre son objectif d’un million d’apprentis en 2027, dans un contexte de ralentissement des entrées en apprentissage en 2023.

Des emplois aidés extrêmement coûteux

En 2020, le gouvernement avait étendu au contrat de professionnalisation et à tous les contrats d’apprentissage, sans condition de taille d’entreprise ni de diplôme préparé, l’aide versée depuis 2018 aux seuls employeurs de moins de 250 salariés recrutant des apprentis préparant un diplôme de niveau inférieur ou égal au bac. L’embauche d’un alternant mineur est alors soutenue à hauteur de 5000 euros, celle d’un jeune majeur (jusqu’à 30 ans), de 8000 euros. Ces aides ont immédiatement fait flamber le nombre d’entrées en alternance. En juin 2022, alors que le gouvernement venait d'annoncer leur reconduction, la Cour des comptes avait demandé leur arrêt, en raison de leur coût extrêmement élevé.

Début 2023, cette aide est passée à 6000 euros. Toujours sans aucune condition de taille d’entreprise ou de diplôme préparé. Une absence de ciblage critiquée par les économistes, plusieurs pointant une mesure ratant sa cible, puisque ce sont surtout les étudiants de l’enseignement supérieur qui en ont bénéficié. La prime était prévue pour être versée pendant au moins deux ans, 2023 et 2024. L’annonce de sa suppression deux semaines seulement avant son arrêt prend forcément de court jeunes et employeurs, même si plusieurs ballons d’essai avaient été lâchés dans les médias, laissant entrevoir une limitation des aides.

Un impact limité sur l'emploi

Alors que l'envolée de l'apprentissage est à l'origine d'une grosse partie du recul du chômage, la fin de cette aide aux «contrats pro» peut-elle être mauvaise pour l'emploi ? D'une part, l'impact sera limité, puisque le nombre de contrats de professionnalisation n'est plus que de 90700 en janvier 2024. D'autre part, le ministère du Travail précise que les aides de 2000 euros versées par France Travail pour l’embauche, en contrat de professionnalisation, d’un demandeur d’emploi de plus de 26 ans, sont maintenues.

La Confédération des PME (CPME) estime cependant que pour les entreprises, «augmenter le coût du travail constituera un frein (à l’embauche), notamment pour les plus petites». Le nombre de contrats de professionnalisation risque effectivement de continuer à chuter. Mais certains pourraient aussi se transformer en contrats d’apprentissage, quand les conditions d’âge et de diplôme le permettent.

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