«Un bond de géant», «un succès énorme»… A la rentrée du Medef fin août, le ministre délégué en charge de l’Industrie, Roland Lescure, n’a pas tari d’éloges à propos de la progression de l’apprentissage au cours du premier mandat d’Emmanuel Macron. Il est vrai que le nombre d’apprentis a gonflé d’environ 500 000 à 900 000 entre 2019 et 2021, même si cette explosion s’explique très largement par les aides de l’Etat mises en place mi-2020 pour faire face à la crise sanitaire. De quoi inciter le ministre à demander aux patrons de «descendre» désormais «dans les niveaux de qualification», car la politique de soutien de ce dispositif a jusqu’ici surtout bénéficié aux plus diplômés.
Selon un sondage OpinionWay pour Indeed publié en juin, les entreprises ayant déjà recouru à l’alternance sont majoritairement prêtes à renforcer ce dispositif chez elles. Pour réussir ce pari, la prolongation des aides – disponibles pour l’instant jusqu’à décembre 2022 – se posera inévitablement. Près de 40% des entreprises embauchant actuellement des alternants sont tout à fait ou plutôt d’accord pour dire qu’elles ne pourront plus recruter de jeunes sous ce format quand les aides prendront fin.
L'apprentissage, un moyen pour recruter
Le débat devrait donc se cristalliser autour de ce sujet. Il serait pourtant bon de l’élargir à d’autres enjeux qui méritent aussi réflexion. D'autant que les entreprises trouvent dans l’alternance un réel levier de recrutement, et un moyen pour faire découvrir aux jeunes des métiers auxquels ils n’auraient spontanément pas pensé.
Certaines barrières au recrutement en alternance paraissent certes difficilement surmontables. On pense au manque de disponibilité en interne pour accueillir les jeunes, et à l’absence de besoin de main-d’œuvre supplémentaire, qui figurent en bonne place dans les principaux freins à l’embauche en alternance. Des marges de manœuvre peuvent en revanche être trouvées quand environ 40% des entreprises regrettent un manque de candidats pour leur secteur d’activité ou leur type de métier. Il en va de même concernant le désalignement entre le rythme de l’alternance et l’activité de l’entreprise. Ou encore quand les démarches administratives sont jugées trop complexes par 18% des entreprises pour accueillir les alternants.

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«Les recruteurs se noient» dans les contrats
Ce dernier aspect a fait l’objet d’une étude menée pendant l’été par la start-up RH HeyTeam, notamment auprès d’un échantillon d’environ 500 alternants. Elle nous apprend que 42% d’entre eux pensent que la lenteur administrative est un problème majeur pour l’obtention de leur contrat d’apprentissage. Bien sûr, l'accent mis sur ce sujet par une start-up qui vise entre autres à fluidifier l’onboarding (c’est-à-dire le processus d’intégration des nouveaux arrivants dans l’entreprise) ne doit pas être surinterprété. Mais les témoignages de professionnels RH recueillis restent éclairants.
Ainsi, pour Kamel Medjabra, responsable de la marque employeur chez Decathlon France, «les recruteurs se noient entre les échanges avec les écoles, les Opco (Opérateurs de compétences) et les étudiants» aujourd’hui. «C’est l’un des irritants qui poussent certaines entreprises à ne pas vouloir recruter d’alternants», estime-t-il. Généralement, traiter un contrat d’alternance prend environ deux heures. Mais «cette durée peut facilement gonfler dès lors qu’un élément est manquant ou erroné […] Il nous est arrivé de consacrer jusqu’à plus de 15 heures pour traiter un unique contrat», regrette Marjorie Delahaye, experte en droit de la formation chez SNCF Réseau. Du temps à passer qu’Adecco Medical n’a pas, d’où un choix de sous-traiter la gestion administrative de ses contrats d’alternance.
Ne pas relâcher les efforts de communication sur l’image de l’alternance devra enfin être gardé à l’esprit. Pour une large majorité de jeunes, cette image est positive, et l’alternance est adaptée au secteur qui les intéresse. Mais un jeune sur quatre pense encore que l’alternance concerne avant tout les jeunes qui ne réussissent pas dans les études.



