« Nous avons tous ensemble créé 1,2 million de feuilles de paie » a indiqué Emmanuel Macron lors du débat télévisé de mercredi 20 avril, reprochant à son adversaire Marine Le Pen de ne « même pas » utiliser le mot « chômage » dans son programme. La baisse du chômage est l'une des réussites du quinquennat d'Emmanuel Macron. A son arrivée à l’Elysée, en 2017, il s’était fixé pour objectif un chômage à 7% à la fin de son quinquennat. Pari quasiment tenu, puisqu’au quatrième trimestre 2021, le taux de chômage au sens du BIT était de 7,4%, contre 9,5% au deuxième trimestre 2017. C’est la première fois depuis l’avant-crise de 2008 qu’il repasse sous la barre des 8%, et ceci en dépit d’une crise sanitaire mondiale inédite.
Parmi les autres indicateurs positifs : le taux de chômage des jeunes (15-24 ans) recule lui aussi fortement. Il était de 15,9% fin 2021, contre 24,7% mi-2017. Il faut remonter à 1981 pour rencontrer un taux aussi bas. Même la part des chômeurs de longue durée a diminué, dans toutes les classes d’âge, mais encore plus chez les jeunes.
« En matière de succès sur le chômage, permettez-moi d'être dubitative », a rétorqué Marine Le Pen, lors du débat, opposant à Emmanuel Macron les données de Pôle emploi, dont la définition diffère de celles du BIT et de l'INSEE. Si l'on regarde le nombre de demandeurs d'emploi inscrits en catégorie A (sans aucune activité), il indique la même tendance positive que le BIT: entre le deuxième trimestre 2017 et le dernier de 2019, il a baissé de 409 000. Mais parfois, certains demandeurs de catégorie A occupent des petits boulots plus ou moins ponctuels et basculent dans les catégories B (ont un peu travaillé) et C (ont travaillé un peu plus). En agglomérant les trois, le résultat est moins éclatant, et c'est ce qu'a voulu démontré Marine Le Pen. Durant le quinquennat, le total des catégories A, B et C est passé de 5,55 millions à 5,37 millions, soit une baisse de 184 300 demandeurs d'emploi seulement. Soit l'emploi s'est précarisé, soit le passage par des contrats courts est devenu obligatoire pour sortir du chômage. Selon l'OFCE, le halo autour du chômage et le sous-emploi, donc les situations précaires, ont diminué au cours du quinquennat.
Fort impact de l’apprentissage sur l’envolée des créations d’emploi
Le taux de chômage a commencé sa décrue mi-2015, mais son rythme s’est amplifié à partir de 2017. Dans une note, l’OFCE, organisme d’analyse économique, explique que contrairement à d’autres pays européens où le taux de chômage a également fortement reculé, la France doit cette évolution à « une dynamique vertueuse » : la création d’emplois. A contrario, en Italie, le taux de chômage recule sous l’effet du retrait du marché du travail d’une partie importante de la population active, découragée. L’Allemagne connaît elle aussi une légère baisse de sa population active. En France, le taux d’activité – part de la population en emploi ou à la recherche d’un emploi – a atteint 73,5% au troisième trimestre 2021, un niveau jamais vu depuis la création de cet indice par l’INSEE en 1975.

- 1784.36+3.25
2024
Smic brut mensuel - moyenne annuelleen €/mois
- 0.8672+0.24
27 Mars 2026
Livre sterling (GBP) - quotidien£ GBP/€
- 145.1+0.21
Décembre 2025
Indice mensuel du coût horaire du travail révisé - Salaires et charges - Tous salariés - Industrie manufacturière (NAF rév. 2 section C)base 100 en décembre 2008
Entre mi-2017 et fin 2021, le nombre d’emplois, en France, a effectivement progressé de 1,2 million, comme l'a déclaré Emmanuel Macron, dont 1 million d’emplois salariés, essentiellement dans le privé. Une bonne part de ces créations nettes d’emplois s’explique par la progression inédite de l’apprentissage. Elle s’est fait sentir dès l’application de la réforme de 2018 en 2019, mais a littéralement explosé avec les aides très généreuses versées par l’Etat à partir du plan de relance de juillet 2020. Entre 2019 et 2021, le nombre de jeunes en contrat d’apprentissage a grimpé de 478 000 à environ 900 000, soit un gain de 422 000 apprentis en deux ans. « Le gouvernement a réussi là où les précédents avaient échoué », soulignent les économistes de l’OFCE. Qui relèvent que ces créations de contrats d’apprentissage représentent plus de la moitié des créations d’emploi salarié de 2019 à 2021. Avec une nuance : dans le même temps, environ 100 000 contrats de professionnalisation ont basculé vers l’apprentissage, gonflant le nombre de nouveaux apprentis sans créer d'emplois. Le taux d’emploi (part de la population en emploi parmi une tranche d’âge) des 16-24 ans se ressent de ce boom de l'apprentissage : à 33,8%, il gagne 5 points en 5 ans.
Conclusion de l’OFCE : « la très forte baisse du taux de chômage, notamment du chômage des jeunes, reposerait donc sur une contribution très importante de l’apprentissage, lui-même dopé par un niveau de subvention atypique. » Selon la Cour des comptes, les aides versées aux employeurs qui recrutent un apprenti coûteront au total 5,1 milliards d’euros d’argent public. Selon l'équipe de campagne d'Emmanuel Macron, l'aide au recrutement d'un apprenti sera prolongée au-delà de fin juin, date initialement prévue pour son arrêt.
Fort soutien public pendant la crise sanitaire
Parmi les autres facteurs expliquant la baisse du taux du chômage : le "quoi qu'il en coûte". En France, l’activité partielle a permis de sauvegarder 214 000 emplois selon l’OFCE. L’ensemble des mesures de soutien a permis d’avoir, dans les entreprises, 538 000 « rétentions d’emploi » fin 2021 - en gros, des emplois non productifs, correspondant aux salariés des entreprises « zombies », aux salariés moins productifs, et aux emplois gardés sous le coude par les entreprises pour assurer leur reprise. Une politique de soutien qui a boosté la croissance en 2021.
Par ailleurs, l’OFCE évalue à 50 000 à 60 000 le nombre d’emplois créés grâce à la bascule du CICE en baisse de cotisations sociales employeur. Difficile d’évaluer l’impact de la réforme du droit du travail (barème prudhommes, dialogue social), même si elle a certainement joué sur l’attractivité de la France. Quant à la réforme de l’assurance chômage, entrée en vigueur tardivement en raison de la crise sanitaire pour les demandeurs d’emploi, elle ne l’est toujours pas pour pénaliser les employeurs qui abusent des contrats courts (application au 1er septembre 2022).
Reste à renforcer le soutien à l’insertion des jeunes en difficultés
Point faible de l’évolution du marché du travail : les jeunes les plus en difficultés le restent. La politique de soutien à l’apprentissage a surtout bénéficié aux jeunes préparant un diplôme de niveau bac+2 ou au-delà (+ de 60% des entrées en 2021, contre 25,3% en 2010). La part des mineurs ou des jeunes préparant un diplôme de niveau inférieur ou égal au bac est en régression. L’OFCE le déplore : « la réforme comme les aides extrêmement généreuses sont sans effet sur les jeunes les plus en difficulté à l’entrée sur le marché du travail ». La part des jeunes ni en emploi ni en formation a même légèrement augmenté fin 2021.
D’autres mesures de soutien à l’emploi des jeunes ont été prises, notamment en fin de quinquennat, avec le plan « 1 jeune, 1 solution », pour lequel 9 milliards d’euros sont prévus. Selon le Conseil d’analyse économique (CAE), la prime de 4000 euros pour l’embauche d’un jeune de moins de 26 ans a engendré une hausse de 8% de leurs recrutements entre août 2020 et février 2021. La Dares, qui relève sensiblement la même augmentation, souligne qu’il s’agit surtout d’un déplacement de l’emploi, depuis l’intérim ou les CDD courts, vers des CDD longs ou CDI. La Cour des comptes a épinglé le dispositif, qui a coûté 900 millions d’euros en moins d’un an, « sans avoir d‘effet sur le volume total de l’emploi ».
Quant à la Garantie jeunes (211 millions d‘euros sur 18 mois), son efficacité sur l’accès à l’emploi des jeunes a chuté en 2021 (moins de 20% des jeunes trouvent un emploi, contre plus de 27% en 2019).
Chantiers du prochain quinquennat
Le gouvernement sortant a bien compris que l’insertion des jeunes décrocheurs restait le maillon faible. Le 1er mars, est entré en vigueur le contrat d’engagement jeune (CEJ), à destination des moins de 26 ans qui ne sont ni en emploi ni en formation. Un jeune qui suit les 15 à 20 heures d’accompagnent personnalité et d’activité prévues (écriture de CV, coaching, immersion en entreprise…) peut toucher 500 euros par mois. Un premier bilan au bout d’un mois et demi montre que 65 000 jeunes ont adhéré à ce dispositif, dont 9 sur 10 correspondent au profil recherché. Le dispositif doit monter en puissance pour atteindre 400 000 jeunes par an.
Le candidat Emmanuel Macron s’est fixé un nouveau pari : atteindre le plein emploi à la fin de son second quinquennat s’il est réélu. Au chantier des jeunes les plus en retrait du marché de l’emploi, s’ajoutera celui des seniors, pour qui rien n’a été fait depuis cinq ans, surtout s’il veut réformer les retraites. Il faudra aussi poursuivre la réforme de la formation professionnelle pour qu’elle aussi atteigne la bonne cible et bénéficie plus à ceux qui en ont le plus besoin, et celle du marché du travail, pour aider les entreprises à trouver les compétences qu'elles recherchent. Emmanuel Macron a prévu de réunir sous l'appellation France Travail l'ensemble des acteurs de l'emploi, pour rendre leur travail plus efficace.



