En matière d’emploi industriel, la décennie en cours semble de bon augure par rapport à la tendance passée. C’est en tout cas ce qui ressort - si l'on choisit de regarder le verre à moitié plein - de l’étude sur les besoins de recrutement jusqu’en 2030 dévoilée jeudi 10 mars par le ministère du Travail et France Stratégie, un organisme de réflexion lié à Matignon. Concerté avec les branches et les partenaires sociaux, ce travail de projection souligne que « la période 2019-2030 devrait être marquée » par « un redressement de l’emploi des métiers industriels ». Mais cette nouvelle donne mérite d’être observée dans le détail.
Fondé sur une hypothèse de croissance du PIB de 1,3% par en moyenne sur cette période, le scénario de référence de l’étude tient compte des conséquences de la crise sanitaire. Dans ce scénario, les métiers de l’industrie enregistrent de l’ordre de 45 000 postes supplémentaires à l’horizon 2030. Un bouleversement en comparaison avec la décennie précédente : 170 000 postes de métiers industriels avaient alors été détruits.
Les métiers qualifiés de l'industrie ont le vent en poupe
A l’image du constat plus général d’un marché de l’emploi plus favorable aux diplômés du supérieur, les métiers industriels les plus qualifiés ont le vent en poupe. Dans huit ans, il y aurait 75 000 postes d’ingénieurs et cadres techniques de l’industrie en plus (+24% par rapport à 2019) et près de 50 000 techniciens et agents de maîtrise de la maintenance supplémentaires (+10%). A l’inverse, les professions d’ouvriers industriels devraient continuer à reculer. Ouvriers qualifiés de la mécanique (23 000 postes en moins d’ici à 2030 ; en baisse de 18% par rapport à 2019), travailleurs peu qualifiés des industries de transformation (plus de 10 000 postes en moins ; - 8%), professionnels qualifiés de l’usinage (environ 10 000 postes ; -11%), ouvriers qualifiés de la maintenance (environ 10 000 postes ; -4%)… Ces métiers moins qualifiés font partie des 15 métiers en plus forte contraction sur la décennie en France.

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Cette évolution divergente s’explique largement par la possibilité pour les ingénieurs et techniciens « industriels » d’être recrutés dans d’autres secteurs. Concernant les premiers, il peut s’agir du conseil, pour des activités de stratégie et d’analyses techniques. Plutôt du commerce pour les seconds. « Les métiers de l’industrie sont exercés en dehors du seul secteur industriel. Dans l’industrie au sens strict, on s’oriente plus vers une stabilisation de la baisse de l’emploi », insiste Michel Houdebine, qui dirige la direction statistique du ministère du Travail.
Le secteur industriel devrait moins souffrir
En se limitant à cette définition stricte, l’emploi industriel devrait compter 120 000 postes en moins dans la décennie, contre une perte de 340 000 postes dans la décennie passée. « L’emploi industriel va continuer de diminuer, en particulier pour les ouvriers, mais de manière beaucoup moins forte qu’auparavant », appuie Cécile Jolly de France Stratégie. Pour expliquer ce changement somme toute positif, l’étude cite notamment les politiques publiques de revitalisation industrielle et l’atteinte d’un seuil en matière d’externalisation de certaines fonctions. Reste à savoir si l’actualité récente ne bousculera pas ces projections. Dans ses hypothèses, l’étude ne tient pas compte des répercussions de la guerre en Ukraine, qui perturbe déjà les industriels.



