Plombée par la crise, la SNCF creuse (encore) sa dette au premier semestre 2020

En raison de la crise sanitaire et dans une moindre mesure des grèves de janvier, la SNCF a perdu 21% de son chiffre d'affaires au premier semestre. L'effondrement de la fréquentation des TGV pèse lourd dans la balance. 

 

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TGV Océane
La SNCF a perdu 21 % de son chiffre d'affaires durant le premier semestre.

"Le groupe SNCF, comme toutes les entreprises de transport, a été touché de plein fouet par la crise sanitaire liée au Covid-19", peut-on lire en exergue d'un communiqué qui accompagne les résultats annuels du groupe jeudi 30 juillet. Et pour cause, au premier semestre, par rapport à l'année précédente, la société de chemin de fer française accuse un repli de son chiffre d'affaires de 21%, pour s'établir à 14,1 milliards.

Plus grave, le groupe public affiche une lourde perte nette de 2,4 milliards d'euros. En 2019, il avait dégagé un modeste bénéfice de 20 millions d'euros.

La crise sanitaire, principal coupable

Si les grèves de janvier contre la réforme des retraites ont coûté 272 millions d'euros à la SNCF, ce chiffre apparaît presque négligeable comparé aux effets de la crise sanitaire et du confinement. Celui-ci a causé l'arrêt quasi-complet du trafic au printemps et plombé le chiffre d'affaires de la SNCF de près de 3,9 milliards d'euros.

La marge opérationnelle du groupe a été divisée par 21 par rapport au premier semestre de l'année dernière, à 136 millions d'euros. Un effondrement de 2 milliards d'euros causé en grande partie par l'étiolement des recettes TGV (-1,5 milliard).  

Geodis, seul segment de l'opérateur épargné

La filiale logistique du groupe, Geodis, demeure la seule activité du groupe épargnée, avec une légère hausse de son chiffre d'affaires de 0,8%.

Pour ce qui est des autres segments du groupe, le constat est sans appel. Tous ont vu fortement reculer leurs revenus au premier semestre : -58% pour Voyages SNCF (TGV, grande vitesse européenne, Intercités et OUI.sncf), -17% pour TER, -14% pour Transilien, -20% pour le fret et -20% pour SNCF Réseau.

Effondrement de la fréquentation au premier semestre

Entre janvier et juin 2020, la baisse de la fréquentation est "brutale", selon le groupe. Moins 50 % pour les lignes TER et moins 55 % pour les lignes TGV, dont la SNCF tire en grande partie ses ressources. Seul le mois de février affiche une hausse des voyageurs (+4% pour les TER, +6 pour les TGV).

"Alors que les trafics voyageurs remontaient après la séquence des conflits sociaux liés à la réforme des retraites en janvier, la reprise est stoppée net par la crise sanitaire, note le groupe. Depuis le déconfinement en mai, la reprise est progressive".

Un plan de crise renforcé

"Avant cette crise, le groupe SNCF s’inscrivait dans une amélioration structurelle de sa performance économique avec des fondamentaux opérationnels solides", avance le groupe, faisant référence au plan d'économie amorcé en janvier 2020. Ce plan, renforcé depuis le début de la crise, comprend "une réduction des frais de structure, du chômage partiel, le report ou l'abandon de certains projet et investissements et un pilotage de la trésorerie (…) sans toucher à l'effectif de production", rappelle le groupe.

Il a d'ores et déjà permis de dégager 1,1 milliard d'euros durant le premier semestre, selon la SNCF, et ambitionne d'économiser un total de 1,8 milliard euros d'ici la fin de l'année. Des efforts qui gonflent la trésorerie de la SNCF, jugée "solide", à 6,8 milliards d'euros, auxquels s'ajoute une ligne de crédit disponible de 3,5 Mds.   

Mais ces efforts ont obligé la SNCF à "brûler du cash à hauteur de 2,8 milliards" d’euros sur le semestre. Un emprunt de 3 milliards d'euros qui a alourdi la dette du groupe, à 38,3 milliards au 30 juin, alors que l'Etat s'est engagé dans une reprise partielle de cette dernière à hauteur de 25 milliards en janvier dernier. Le 22 juillet, le délégué aux transports, Jean-Baptiste Djebbari, avait promis une aide "de plusieurs milliards d'euros à la SNCF", sans en détailler les modalités.

Une reprise progressive du trafic depuis juin

"Fin juin 2020, Transilien propose 98% de son offre nominale, TER 87% et TGV environ 70%", souligne le groupe. Au plus fort de la crise, en avril, l'offre nominale s'établissait à 34% pour le Transilien, 16% pour les TER et 7% pour le TGV.

L'activité Fret est quant à elle revenue à 85% de sa capacité, contre 70% durant la crise.

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