Le tribunal de commerce de Lille a approuvé, mercredi 20 mars, la reprise de Valdunes par Europlasma, qui s’est engagé à conserver les deux sites de Trith-Saint-Léger et de Leffrinckoucke, dans le Nord. La décision n'a rien d'une surprise : l'entreprise était le seul candidat soutenu par l’Etat. Pour assurer l'opération, les pouvoirs publics se sont engagés à apporter 19 millions d'euros de prêts et subventions en trois ans, dont 15 millions d'euros de prêts de l’Etat. La région Hauts-de-France et les deux communautés de communes où sont implantées les usines doivent, elles, débloquer cinq millions d'euros (dont 1 million de subventions et le reste en financement du foncier). Dans l'équation, Europlasma s’engage de son côté à investir 15 millions d’euros.
«C’est une entreprise que nous suivons depuis longtemps et nous sommes plutôt confiants, dans le cas où Europlasma serait officiellement désigné comme le repreneur de Valdunes, veut-on croire au ministère de l’lndustrie. Ce projet est tout à fait crédible. Nous n’avons pas beaucoup d’inquiétude sur le fait que les investissements arrivent.» Un optimisme de circonstances ?
Sur le site de Leffrinckoucke, près de Dunkerque, Europlasma s’est engagée à développer une unité de traitement de combustibles solides de récupération (CSR) et se serait, d’après Bercy, également mobilisé pour répondre à l’effort de guerre en Ukraine en produisant des corps creux pour les obus. Reste que si le projet de reprise a été soutenu par les salariés, et notamment la CGT, la situation des sites repris ces dernières années par Europlasma soulève des interrogations.
Situation critique aux Forges de Tarbes
A Goncelin (Isère), à Tarbes (Hautes-Pyrénées) et à Gerzat (Puy-de-Dôme), les salariés attendent toujours les investissements. Aux Forges de Tarbes, la production s’est arrêtée pendant cinq semaines avant de reprendre, le 7 mars. L’outil industriel est vétuste et les machines sont remplacées au compte-goutte, malgré des commandes importantes de corps creux pour Nexter.
Une nouvelle fois, l’Etat est partie prenante. Sur les 12 millions d'euros que compte le programme d'investissement aux Forges de Tarbes, il s'est engagé à hauteur de 7,1 millions d'euros. Europlasma en a déjà touché 1,5 million d’euros ; le versement du solde interviendra lorsque 80% des dépenses d’investissements auront été engagées, affirmait récemment la direction à L’Usine Nouvelle.
En quête d'explications, les salariés de l’usine Tarbaise ont écrit au ministre des Armées, Sébastien Lecornu, dans un document que s'est procuré L'Usine Nouvelle. Hypothèse avancée par certaines sources : l’absence d’investissement serait justifiée par le fait que le site a dû recentrer sa production vers la fabrication de corps creux, activité historique du site industriel, alors que le repreneur comptait diversifier les activités – en produisant notamment sa technologie de torche à plasma pour la dépollution.
Les Forges de Gerzat au point mort
En Auvergne, la reprise de Luxfer à Gerzat (Puy-de-Dôme) le 7 janvier 2022 (fermée depuis 2019) devait déboucher sur une nouvelle usine, les Forges de Gerzat, située dans la ville voisine de Cébazat, pour produire des bouteilles de gaz haute pression en aluminium et revaloriser les déchets.
Sur un investissement total de 100 millions d’euros (35 millions pour le foncier et le bâtiment et 65 millions pour les équipements), Europlasma s’était engagé sur 25 millions d'euros en fonds propres mobilisés sur cinq ans et 25 millions d'euros en dette privée. L'Etat devait intervenir à hauteur de 4,5 millions d'euros et financer en dette à hauteur de 15 millions d'euros via le Fonds pour le développement économique et social (FDES). La Région Auvergne-Rhône-Alpes devait mettre 3 millions d'euros sur la table et Clermont Auvergne Métropole s'engageait à financer à hauteur de 34 millions d'euros le foncier et la construction d’un bâtiment industriel.
Cette usine devait voir le jour en 2024, puis en 2025... Aujourd’hui, le premier coup de pelle n’a toujours pas été donné. Et pourtant, le projet est prêt. «C’est assez obscur, s’inquiète Marianne Maximi, députée LFI de la première circonscription du Puy-de-Dôme. Les anciens salariés se sont beaucoup mobilisés pour ce projet et il y a pas mal d’argent public dans cette histoire, mais comme pour les autres projets d’Europlasma, les investissements ne sont pas arrivés. On est au point mort.» Un élu local confie à L’Usine Nouvelle qu’il ne croit plus à ce projet. «C’est mort», lâche-t-il dépité.
Clermont Métropole, qui devait porter une bonne part de l’investissement, «n’a rien à déclarer de plus sur ce dossier». La région n’est guère plus loquace. «L’entreprise a souhaité temporiser le lancement des investissements immobiliers. La Région n’intervient pas sur la partie immobilière. La collectivité, comme elle s’y est engagée, interviendra à hauteur de 3 millions d’euros sur l’acquisition de matériel», répond-elle aux questions de L’Usine Nouvelle. Aucune explication du côté de la direction d’Europlasma, qui ne veut pas communiquer avant la reprise de Valdunes, ni ouvrir les portes de ses sites.
Sans investissement, Satma intermittent de la production
Le silence est également la règle à Goncelin en Isère, où se trouve l’usine Satma. Reprise en 2022 par Europlasma à Almeco, Satma Industries (ex Satma PPC) produit des anodes en aluminium pour des condensateurs électrolytiques. Comme Inertam, l’usine historique d’Europlasma à Morcenx, dans les Landes, le site a été mis sous cocon, fin 2022, en raison du coût élevé de l’électricité. Selon les informations de L'Usine Nouvelle, l’activité a été relancée en avril 2023 jusqu’en novembre dernier et devrait reprendre sous peu.
Là, encore, les investissements se font attendre. La direction d’Europlasma s’était pourtant engagée à investir 4 millions d’euros en 36 mois, avec pour objectif d'augmenter la production et de réduire la consommation énergétique pour doubler le chiffre d’affaires en 2024 par rapport à 2021.
«Il y a la problématique de la propriété foncière, explique Jean-François Clappaz, vice-président à l’Economie et au Développement industriel du territoire de la Communauté de communes du Grésivaudan. A la barre du tribunal de commerce de Grenoble, il a été convenu qu’Europlasma devait racheter le site à l’italien Almeco. Pour je ne sais quelle raison, il n’a pas été vendu. Europlasma continue à payer le loyer et ne veut pas réaliser les investissements dans ces conditions. Nous avons proposé une solution médiane, qui est de racheter nous-mêmes le site et le louer à Satma Industries.» Le rachat devrait être effectif à la fin du premier semestre. Reste à voir s'il suffira à débloquer la situation.
Retrouvez le deuxième et dernier volet de notre enquête : Europlasma pourra-t-il financer sa reprise de Valdunes ?



