"Près de 57 milliards d’euros de prêts garantis par l’État ont été accordés à 350 000 entreprises depuis le 25 mars", a indiqué Nicolas Dufourcq, le directeur général de Bpifrance, le 5 mai. Élément clé du plan mis en œuvre par la France pour soutenir son économie face à la crise du coronavirus, le prêt garanti par l’État (PGE) permet aux entreprises de continuer à accéder à des liquidités et soulage leur trésorerie. Cette mesure est l’un des piliers des stratégies généralement adoptées par les pays de la zone euro afin d’atténuer les effets du gel brutal de l’activité économique pour cause de confinement des populations.
Face à cette crise atypique, "le modèle commun est d’essayer d’avoir des mesures qui tentent de préserver tout à la fois l’outil productif, en limitant au maximum le nombre de faillites, et le pouvoir d’achat des ménages de façon à maintenir les conditions d’une reprise économique", commente Alain Durré, économiste en chef de Goldman Sachs France. L’octroi de garanties publiques pour de nouvelles lignes de crédit aux entreprises représente les montants les plus importants engagés par les grandes nations en Europe. Si en France les pouvoirs publics ont annoncé un dispositif de 300 milliards d’euros (12,4 % du PIB), l’Espagne s’est engagée à hauteur de 112 milliards (9 %) et l’Italie de 400 milliards (22,5 %), selon une note de la banque d’investissement Goldman Sachs. Sur ce point, l’Allemagne est la plus "généreuse", avec une enveloppe de 1 000 milliards d’euros (29,7 % du PIB).

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Quelles mesures pour les ménages et les professionnels ?
L’autre volet des politiques mises en œuvre concerne des mesures transitoires pour accompagner les ménages et les professionnels : chômage partiel pour les salariés et report de charges fiscales et sociales, notamment pour les TPE-PME et les indépendants. Sur ces sujets, la France et l’Allemagne font à peu près jeu égal, avec 97 milliards d’euros engagés pour la première et 95,7 milliards pour la seconde. Ce qui représente 4 % du PIB pour l’Hexagone et 2,8 % du PIB outre-Rhin. Quant à l’Italie et l’Espagne, leur engagement dans ces domaines s’élève respectivement à 25 et 14 milliards d’euros (2 et 1,1 % du PIB). "La mesure de chômage partiel pourrait probablement être l’une des plus efficaces, estime Alain Durré. Combinée aux actions de soutien aux trésoreries, elle augmente la probabilité que les gens puissent conserver leur emploi et maintiennent leur pouvoir d’achat." L’Allemagne a notamment tout de suite mis en place un fonds de recapitalisation de plus de 100 milliards d’euros pour les entreprises de plus de 250 salariés.
Face à l’urgence sanitaire, les États ont investi dans la santé, y compris la recherche. L’Allemagne y a consacré 11,2 milliards d’euros, la France 9 milliards, l’Italie 6,2 milliards et l’Espagne 3 milliards. Les stratégies nationales sont soutenues par la politique accommodante de la Banque centrale européenne (BCE). La Commission européenne tente de montrer qu’une action commune est aussi possible. Le 4 mai, elle annonçait avoir levé 7,4 milliards d’euros pour financer la recherche d’un vaccin contre le Covid-19. Mais le chemin reste semé d’embûches. Le lendemain, la Cour constitutionnelle allemande intimait à la BCE de justifier "dans les trois mois" sa politique de rachats massifs de dette publique. Au risque de fragiliser le vaste plan de soutien à l’économie européenne engagé par l’institution implantée à Francfort.
L’industrie auto allemande appelle son État à l’aide
La filière automobile allemande, qui a enregistré en mars une baisse de 37 % de sa production et de 32 % de ses exportations, appelle l’État à son secours. Depuis plusieurs semaines, les grands groupes plaident pour l’instauration d’une prime, jusqu’à 4 000 euros, pour stimuler la demande intérieure. Ils sont soutenus par les ministres-présidents de trois Länder. Le 5 mai, lors d’un entretien en visioconférence avec les patrons de l’automobile et les syndicats, Angela Merkel s’est refusé à trancher sur l’adoption d’une nouvelle prime à la casse. Car si cette solution avait été choisie lors de la crise de 2009, cette fois, elle ne fait pas l’unanimité. Pour qu’elle ait un effet massif, la subvention devra concerner tous les véhicules, y compris thermiques. « En 2009, une aide financière a été octroyée pour promouvoir l’utilisation d’une technologie déjà dépassée et nuisible pour le climat. Dix ans plus tard, nous en payons encore le prix, avec l’échec de nos objectifs climatiques et les retards sur l’électromobilité », estime Claudia Kemfert, analyste à l’institut économique DIW. § Gwénaëlle Deboutte, à Berlin



