Volte-face de l’Allemagne et coup dur pour la France. Alors que plus de 130 chercheurs européens sont engagés depuis plusieurs semaines dans le développement d’une application de traçage mobile pour lutter contre la pandémie de Covid-19, le gouvernement allemand a annoncé dimanche 26 avril finalement opter pour la solution des géants américains Apple et Google. Au détriment donc de la piste européenne, toujours défendue par la France.
En cause : le fait que le protocole envisagé dans la solution européenne soit en partie centralisé, soulevant les craintes au sein de la population allemande d’une surveillance étatique.
Un stockage uniquement sur téléphone
Pour rappel, les applications de traçage mobile des personnes infectées par le virus telles qu’envisagées en Europe fonctionnent ainsi : via la Bluetooth, le smartphone de l’utilisateur A enregistre les identifiants chiffrés émis par les téléphones qu’il croise et sur lesquels l’application est active, puis conserve ces données durant un temps limité. Si l’utilisateur A est testé positif, l’historique des crypto-identifiants captés est alors envoyé à un serveur central, consulté régulièrement par les smartphones de tous les utilisateurs de l’application. C’est ainsi qu’ils sont informés d’un contact avec une personne à risque et peuvent prendre leurs dispositions (test, confinement strict).
C’est cet envoi sur un serveur central qui pose problème à l’Allemagne et pousse son gouvernement à faire volte-face. "Nous soutiendrons une architecture décentralisée qui ne stockera les contacts que sur les appareils. C'est bon pour la confiance", a ainsi déclaré le ministre de la Chancellerie Helge Braun dimanche sur l'antenne de la télévision publique ARD, dans un échange repris par Reuters.
Se passer de Google et Apple limite l’efficacité
Apple et Google ont annoncé le 10 avril travailler sur une interface de programmation d’application (API) commune qui pourra servir de brique technologique à une application de traçage mobile, gouvernementale par exemple. Dans le cas de leur technologie, la mise en correspondance des identifiants rencontrés et des identifiants de personnes testées positives au virus peut se faire directement sur le smartphone, comme le suggère le PDG de l’Inria Bruno Sportisse dans un long article.
A cet argument d’une architecture plus décentralisée et donc possiblement plus respectueuse de la vie privée, s’ajoute un avantage des plus pragmatiques : systématiquement sous iOS (Apple) et parfois sous Android (Google), une application ne peut recourir au Bluetooth que lorsqu'elle est active et au premier plan. De quoi largement limiter l'efficacité de l'application en cours de développement par les chercheurs européens, nommée StopCovid pour sa déclinaison française. Mais pas d'une application qui se baserait sur l'API de Google et Apple, qui pourrait facilement bénéficier d'une exception.



