Analyse

Contrer le virus n’est ni surveiller ni punir

Faut-il aller plus loin et recourir à des technologies de pistage des malades et leurs contacts ?

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passants rue foule trottoir
Dans la lutte contre la pandémie de Covid-19, l'enjeu est d’isoler toute personne infectée et de retracer les chaînes de transmission pour empêcher la formation de nouveaux foyers d’infection. Pas de surveiller ce que fait chaque habitant.

La tentation est grande de céder à l’appel de la techno-sécurité dans la lutte contre la propagation du virus Covid-19. Une majorité d’Etats a déjà pris des mesures de restriction des libertés individuelles inédites dans des démocraties en temps de paix. Faut-il aller plus loin et recourir à des technologies de pistage des malades et leurs contacts ?

Choquante il y a encore trois semaines, la question est désormais étudiée par le gouvernement français, qui s’inspire d’expériences étrangères. En la matière, la Corée du Sud est souvent citée en exemple. Le pays a couplé une politique de dépistage massif à un dispositif de traçage des malades, les autorités retraçant leurs itinéraires des jours précédents le dépistage grâce aux données mobiles, de carte de crédit et de caméras de surveillance. Les personnes croisées sont alors alertées et invitées à se faire dépister. Résultat : le pays endigue la propagation du virus sans imposer de confinement généralisé.

Pas besoin de connaître ce que fait chaque individu

D'où l'argument des défenseurs du pistage : ne vaut-il pas mieux être surveillés que confinés ? Une question posée en de mauvais termes. Le confinement généralisé pallie notamment l’absence de dépistage massif, alors que la surveillance des malades suppose au contraire de savoir qui a contracté le virus. Bien formuler le débat demande aussi de revenir au fondamental : de quelles informations les soignants et épidémiologistes ont-ils besoin? Pas de connaître ce que fait chaque individu.

L’enjeu est d’isoler toute personne infectée et de retracer les chaînes de transmission pour empêcher la formation de nouveaux foyers d’infection. Or en Chine, à Taïwan mais aussi en Italie, la mobilité des malades a été surveillée pour veiller au respect de la quarantaine. Une dérive sécuritaire dont l’efficacité pour lutter contre le virus n’est pas prouvée. Nos démocraties risquent-elles de se convertir en cyber-Etats policiers ?

Si l’usage du pistage peut avoir un intérêt, il doit être développé avec des garde-fous. Des scientifiques d’Oxford viennent par exemple de présenter une application qui n’enregistre, via le Bluetooth, que les contacts des personnes rencontrées sur les 14 derniers jours, des données stockées sur le téléphone et effacées après ce temps d’incubation. En cas d’infection, les personnes rencontrées sont alors alertées. De quoi respecter la protection des données personnelles et lever la tentation de surveiller et punir.

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