La mobilité des Français en dit long sur leurs comportements, surtout en période de crise sanitaire et de confinement. Dans le cadre d’un accord de coopération passé entre l’opérateur Orange et l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), une équipe de six chercheurs travaille depuis fin mars sur des statistiques issues du réseau de téléphonie mobile afin de participer à la lutte contre la pandémie de Covid-19.
"Nous ne travaillons pas sur des données individuelles mais sur des données anonymes et agrégées, explique le chercheur Eugenio Valdano, membre de l’équipe de Vittoria Colizza, qui pilote le projet. Nous ne pouvons pas reconstruire le parcours d’une personne. Mais nous pouvons dire que tel jour, X personnes se sont déplacées du dixième arrondissement de Paris à telle ville d’Alsace. Nous faisons cela pour toutes les zones géographiques et par tranche d’âge car cela a un intérêt dans le cas du coronavirus, dont l'effet clinique est différent selon l’âge."
Trouver le moment optimal pour dé-confiner
L’intérêt de ces données – qui courent sur quelques mois de 2019 et les trois premiers mois de 2020, afin de pouvoir comparer l’avant/après connaissance du virus et l’avant/après confinement – est double.
"Nous cherchons d’une part à analyser les comportements de mobilité pour évaluer l’effet du confinement par exemple, fait valoir Eugenio Valdano. Ensuite nous cherchons à construire de modèles de diffusion du virus afin de simuler sa diffusion à court terme. L’enjeu est d’aider les dirigeants à prendre des décisions, que ce soit sur la concentration des moyens médicaux ou sur des scénarios de dé-confinement. Quel est le moment optimal pour dé-confiner ? Faut-il dé-confiner tout le pays en même temps ou envisager un décalage géographique dans le temps ? Peut-on prévoir une surcharge sanitaire dans une région à un moment donné ? Ce sont des questions auxquelles nous aidons à répondre."
Données anonymes fournies par paquet
Des données de dépistage pourraient faciliter le travail de l’Inserm, mais elles ne sont pas forcément nécessaires. "Nous utilisons les données d’hospitalisation, de décès, mais aussi les propriétés du virus et des hypothèses, comme le taux d’asymptomatiques, détaille le chercheur. Même avec des données incomplètes, nous faisons tourner nos modèles pour établir différents scénarios. Cela nous permet les jours suivants de comparer nos prédictions avec la réalité et d’observer quels modèles fonctionnent."
L’équipe de l’Inserm travaille en étroite collaboration avec les équipes d’Orange sur le projet. "Le nettoyage des données prend beaucoup de temps, or dans un cas d’urgence comme le Covid-19, il est important d’aller très vite", justifie Eugenio Valdano. Les données, captées via le signal émis par les téléphones mobiles aux antennes-relais du réseau d’Orange, sont communiquées à l’Inserm agrégées par paquet de dizaines de milliers, précise un porte-parole de l’opérateur. Les deux institutions ont déjà mené des projets semblables sur Ebola et le VIH en Afrique.



