La Suède, contrairement au reste de l’Europe, et même à ses voisins scandinaves qui partagent la même culture, a fait le choix de toujours maintenir ses écoles ouvertes (maternelles, primaires, collèges). Les lycées et universités pratiquent l’enseignement à distance. Ses entreprises tournent, même si le télétravail est recommandé. La distanciation sociale est promue comme les gestes barrières mais les coiffeurs et les restaurants sont restés ouverts, moins fréquentés qu’à l’accoutumée. Il n’y a guère que les événements sportifs qui ont été annulés et les visites dans les maisons de retraite. Il est recommandé aux personnes de plus de 70 ans de s’isoler.
Au quotidien : "Les gens sortent, sont dans les cafés, pique-niquent dans les parcs lorsqu’il fait beau. Et contrairement à ce qu'on imagine, les Suédois ne sont pas si disciplinés, les mesures de distanciation sociales ne sont pas toujours très respectées dans les magasins même s’il y a des marquages au sol" témoigne Alban Davesne, jeune docteur en sciences politiques, spécialisé en santé publique, qui vit à Stockholm.
Une stratégie souple avec le Covid qui préserve l’économie
La Suède a une stratégie souple de gestion de la crise qui promeut la continuité économique. Le maintien des écoles a été assumé comme faisant partie de cette stratégie, comme l’a exprimé sans ambages un des épidémiologistes de l’Agence de santé publique Anders Wallesten : "Nous savons que si nous fermons les écoles, cela a des conséquences sur la société en général. Si de nombreux parents doivent être à la maison, qui travaillera dans la santé ou dans tous les autres métiers critiques ?"

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Le 5 mai, les résultats de croissance du 1er trimestre 2020 sont tombés. Son PIB ne s’est contracté que de 0, 3 %, quand celui de la zone euro a baissé de 3,8 % et celui de la France de 5,6 %.
Sur le mois de mars par rapport à la même période de l’an dernier, les activités les plus touchées en terme de chiffre d’affaires, selon l’institut national de statistique, sont les agences de voyages (- 60 %), l’aérien (- 49 %), les hôtels (- 37 %), les restaurants (- 23 %), mais les biens de consommation sont en hausse de 1 % et même l’industrie manufacturière de 4 %.
Un choix qui n’évite pas les décès
Certes, l’épidémie a moins frappé la Suède que d’autres pays, mais le Covid-19 n’en est pas moins présent. Au 5 mai, le pays comptait 2 900 morts du Covid pour 10 millions d’habitants, soit un ratio de 29 décès sur 100 000 habitants. C’est loin d’être négligeable car si la France est au-dessus avec 38,7 pour 100 000 en France, l’Allemagne comme le Danemark sont seulement à un peu plus de 8 décès pour 100 000 habitants et la Finlande voisine à 4,5 décès pour 100 000 habitants. Cette dernière, tout comme les autres pays scandinaves, a pris des mesures beaucoup plus drastiques, en fermant ses écoles alors qu’elle n’avait pas un seul décès sur son sol à l'époque. Ce n’est pas la situation de l’épidémie qui a conditionné le choix de la stratégie suédoise. Par ailleurs, le pays teste mais pas massivement : la semaine du 20 au 27 avril, il en était à 24 000 tests par semaine, il veut monter à 50 000.
Une agence de santé puissante
"Les agences ont un rôle très important en Suède et celle de la santé a pris le pas sur les politiques. Le chef du gouvernement n’a fait qu’une seule grande intervention à la télévision depuis le début de la crise alors que l’épidémiologiste en chef de l’agence, Anders Tegnell est devenu une vrai star dans le pays", note Alban Davesne. Anders Tegnell a même eu droit à un dossier dans un magazine masculin de type « GQ » expliquant comment adopter son look vestimentaire casual et cool : en gros, pull maronnasse, jeans, veste molle et baskets North Face.
Ce n’est pas qu’il n’y ait pas eu d’oppositions. "Le choix de ne pas fermer les écoles a été critiqué par une partie du corps médical, il y a eu des tribunes qui le réclamait et le gouvernement a même fait voter une loi le 19 mars permettant de les fermer au cas où la situation se dégraderait", explique Alban Davesne. Mais l’agence a tenu bon et la population aussi, même si initialement tous les parents n'y ont pas envoyé leurs enfants. Le gouvernement a dès le début prévenu du risque sur l’économie et un consensus s’est fait dans le pays sur le fait qu’il fallait maintenir une certaine normalité. Le patronat aurait même trouvé qu’on en faisait un peu trop sur le télétravail. 70 % de la population a maintenu sa confiance dans l’agence.
Un discours de responsabilisation mais rassurant
Les messages de l’Agence de santé à la population sont factuels (le nombre de décès est communiqué régulièrement) mais pas alarmistes. Un jour, un journaliste interpelle Anders Tegnell pour lui signaler son émoi de voir des jeunes se rassemblant par petits groupes dans les parcs. Ce dernier rétorque que c’est mieux qu’ils se retrouvent dans un espace aéré plutôt que confinés chez eux. Il y a une volonté de ne pas être alarmiste. Pour les écoles, l’Agence de santé a donné une dizaine de guidelines. Des mesures classiques : "augmenter la distance entre les tables, augmenter les activités extérieures, respecter les gestes barrières, prévenir les parents en cas d’infection… " A priori pas de protocole sanitaire de 56 pages comme celui qu’a créé l’Education nationale en France.
L’Agence de santé suédoise a sans doute une approche plus holistique de la santé de sa population qu’une vision strictement centrée sur l’épidémie du Covid de court terme. Concernant la maladie elle-même, les décès sont plus nombreux parmi les populations immigrées et dans les maisons de retraite. Cela soucie tout de même Anders Tegnell. Certains lui reprochent de sacrifier les moins intégrés et les plus âgés en raison de cette stratégie. Du côté de l’économie, la dimension fortement exportatrice de la Suède laisse présager qu’elle ne restera pas non plus éternellement préservée du ralentissement généralisé.



