En Angleterre, EDF veut construire une centrale nucléaire qui aspire du carbone

La filiale britannique du géant de l'énergie français EDF a publié le 23 novembre un appel à manifestation d'intérêt pour la mise en place d'un démonstrateur de capture directe du CO2 dans l'air au sein de la future centrale EPR de Sizewell-C, en Angleterre. Si les technologies doivent encore être améliorées, ces systèmes pourraient tirer partie de la chaleur produite par les réactions nucléaires pour rendre le bilan de la centrale négatif en CO2. 

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Hinkley Point C
Aux-cotés d'Hinkley-Point C, Sizewell est le deuxième projet d'EPR d'EDF Energy au Royaume-Uni.

Bas carbone, l’énergie nucléaire se voulait déjà une alliée dans la lutte pour le changement climatique. Le géant français EDF souhaite aller encore plus loin… et imagine désormais la première centrale nucléaire "négative en carbone", donc à impact positif pour le climat.

Le 23 novembre, sa filiale britannique EDF Energy a publié un dossier de manifestation d’intérêt, appelant les entreprises compétentes à postuler pour mettre en place un démonstrateur de capture directe du CO2 dans l’air (DAC) au sein de l’EPR de Sizewell-C qu’il souhaite construire à Suffolk, au sud-est de l’Angleterre.

Aspirateurs à CO2

Après Hinkley Point, Sizewell-C est le deuxième projet de centrale à réacteurs européens pressurisés (EPR) du Royaume-Uni. Porté par la filiale britannique de l’énergéticien français, EDF Energy, il prévoit la construction de deux réacteurs de 1600 MW chacun. Encore à l'étude par le gouvernement britannique, ce projet ambitieux permettrait de fournir en électricité 6 millions de foyers anglais, chiffre EDF.

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Mais au-delà de l'aspect énergétique, EDF souhaite surfer sur la vague climat alors qu'en novembre le gouvernement britannique a mis le captage du CO2 et le nucléaire au centre de sa stratégie de révolution industrielle verte. Pour cela, il prévoit de soutenir la mise en place d'un démonstrateur capable de retirer le CO2 de l'air ambiant en utilisant une “faible partie de la production de chaleur de l’usine” pour s'alimenter en énergie.

D’après les documents diffusés, le projet de démonstrateur n’est qu’une première étape avant de mener à “des installations permanentes à plus grande échelle, connectées à Sizewell-C dans le cadre d’un hub bas carbone”.

Deux technologies testées

La capture directe du CO2 dans l’air se veut, globalement, un gigantesque aspirateur capable d’éliminer les gaz à effet de serre de l’atmosphère. Une technologie qui serait bienvenue dans la lutte contre le changement climatique, mais qui pose plusieurs défis. Au-delà de l'ampleur du problème - nous avons émis 43 milliards de tonnes de CO2 en 2019 -, le CO2 est très dispersé dans l'atmosphère. Avec une concentration de l'ordre de 415 parties par millions (ppm), la molécule est aussi difficile à capturer qu'une aiguille dans une botte de foin.   

A l’image de Climeworks en Suisse ou de Carbon Engineering aux Canada, plusieurs start-up travaillent sur le sujet. Mais les procédés sont énergivores et doivent encore être raffinés et portés à l’échelle industrielle pour jouer un véritable rôle contre le changement climatique.

Dans cette course, EDF explique vouloir tester deux types de technologies. L’une à base de solvants liquides, dans lesquels dissoudre le CO2, et l’autre à base de sorbants solides, accrochant les molécules indésirables à leur surface. Deux options qui nécessitent de "régénérer" les produits une fois saturés de dioxyde de carbone, pour leur faire relâcher le gaz réchauffant... et pouvoir les réutiliser. Une étape en général très consommatrice d'énergie thermique, pour laquelle la chaleur produite par les EPR pourrait servir.

Calendrier serré

Afin de construire son démonstrateur sans attendre, l’énergéticien prévoit dans un premier temps de “simuler la chaleur générée par l’énergie nucléaire”, à l’aide d’une source électrique. Dès le début de l’année prochaine, il sélectionnera plusieurs candidats, qui auront un an pour plancher sur l’ingénierie de leurs projets. La construction des démonstrateurs devrait commencer en 2022 et s'étendre jusqu'en 2025.

D’ici là, les spécialistes du captage du CO2 devront raffiner leurs technologies pour répondre aux spécifications d’EDF. Prévoyant de stocker le gaz sous terre, EDF vise une solution capable de produire un flux composé à 98% de CO2. Si les premiers démonstrateurs pourront ne capter que 100 tonnes de CO2 par an, la mise à l'échelle devrait aussi être prise en compte afin de pouvoir capter 50 000 tonnes de CO2 par an en 2030, stipule l'énergéticien.

Vers de l’hydrogène… jaune ? 

Dans le même tempo, EDF Energy a publié un second appel à manifestation d’intérêt, cette fois axé sur la production d’hydrogène. Dans le détail, ce dernier prévoit d’installer un électrolyseur capable de générer 800 kilogrammes de carburant par jour, qui devrait venir alimenter le site et les besoins de projets locaux.

Alors que l'hydrogène est aussi mis en avant par le plan France Relance, une question cruciale devrait alors se poser. Si le dihydrogène est vert lorsqu'il provient d'énergies renouvelables et noir lorsqu'il mobilise du charbon, l'hydrogène issu de l'atome sera-t-il vert, jaune, ou bien fluorescent ? A suivre.

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