Il n’y a pas que le montant des impôts de production qui montre que certains pays sont plus concernés par leur industrie et orientés business que d’autres. Le gouvernement allemand vient d’annoncer qu’il allait désormais distinguer les tradeshows des mass gatherings, autrement dit qu’il allait appliquer aux salons professionnels des règles différentes que celles instaurées pour les autres rassemblements, tels les concerts et les marathons.
Les premiers pourront redémarrer dès le 30 mai, sous réserve que les conditions de sécurité soient respectées. Pour les seconds, il faudra attendre octobre. Chez nous, on sait seulement que, pour tout le monde, ce ne sera pas avant septembre.
En Chine, autre pays obsédé par son industrie, pragmatique et bien – voire trop – organisé, les événements B to B comme ceux destinés au grand public ont déjà repris : le Changsha Automobile Exhibition s'est déroulé le 4 avril, le Hunan Autoshow a accueilli 60 000 visiteurs tout début mai, le salon de la mode de Shanghai a fait le plein en mai aussi, et le Shanghai International Cross-border Healthcare Industry Exhibition aura lieu le 28 juin... Certes, l’ambiance n’y est pas tout à fait celle des grands jours. Quatorze règles sont en vigueur : tout le monde doit venir masqué ; votre température, prise à l’entrée, ne doit pas dépasser 37,3°C, sinon vous êtes badgé de rouge et dirigé vers la tente médicale ; des gants sont distribués par des hôtesses si vous voulez prendre des objets en main ; les lieux sont désinfectés trois fois par jour ; le nombre de visiteurs est régulé dès l’entrée ; le sens de circulation dans les travées, indiqué par un marquage au sol, doit être respecté pour éviter les croisements ; la distanciation sociale est de rigueur ; des lunch boxes sont distribuées... Et il faut généralement signer à l’entrée un engagement « health & safety ». Si tout est aseptisé, les événements ont bien lieu, dans l’automobile comme dans le textile. Les restrictions d’entrée des étrangers dans le pays devraient même être assouplies bientôt pour les visiteurs des salons.
L’enjeu n’a rien d’anecdotique. D’abord, parce qu’il s’agit d’un secteur économique à part entière : 32 000 évènements professionnels se tiennent chaque année dans 180 pays, 5 millions d’exposants y participent, 303 millions de visiteurs s’y présentent, et 3,2 millions de personnes travaillent dans ce secteur. Ensuite, le business qui s’y fait représenterait, s’il s’agissait d’un pays, la 56e économie du monde devant la Hongrie ou le Koweït : ce sont 275 milliards d’euros de ventes qui s’y concrétisent.
Mais les bénéfices collatéraux de ces salons, conventions et conférences ne sont pas tous mesurables : on y rencontre des clients, des fournisseurs, des prestataires, on y trouve des idées, des solutions, des opportunités. Bref une partie de la vie économique du pays y prend sa source. Et l’on sait bien que la puissance industrielle d’un pays se reflète à la puissance de ses salons (ah, la Hanover Messe !). Nous sommes déjà en train de prendre du retard avec nos usines qui redémarrent cahin-caha. Ces grands-messes du business peuvent être managées exactement comme des supermarchés – qui, eux, sont restés ouverts pendant le confinement. Ne nous laissons pas damer le pion par les Allemands et les Chinois !



