Les industriels face au chamboulement du calendrier des salons par le coronavirus

Global Industrie, CFIA, JEC World, Simodec… Face à la longue liste des salons reportés par l’épidémie du coronavirus Covid-19, les industriels se voient obligés de revoir leur calendrier commercial.

 

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Global Industrie 2018
Le salon Global Industrie s'est tenu à Paris pour la dernière fois en 2018.

Jusqu’au dernier moment, les organisateurs du Salon international de la machine-outil de décolletage (Simodec), ont voulu y croire. Le 2 mars, ils assuraient dans un communiqué que les stands étaient en cours de montage, dans le Parc des expositions de la Roche-sur-Foron (Haute-Savoie), malgré l’épidémie de coronavirus Covid-19. Mais, le lendemain, après une réunion avec la préfecture, le couperet tombe : le salon est reporté à une date indéterminée. Il rejoint alors la longue liste des événements industriels déplacés, aux côtés de Global Industrie, du Carrefour des fournisseurs de l’industrie agro-alimentaire de Rennes (CFIA), de JEC World, ou de la Hannover Messe.

"90 % d’insatisfaits"

"C’est regrettable qu’ils n’aient pas pris cette décision avant, fustige Philippe Palefroy, directeur général d’Hestika France. Cela fait cinq jours que des participants annulent leur venue, alors que d’autres ont déjà emmené leurs machines, et dépensé beaucoup d’argent, pour rien." Pour le directeur général du fabricant de machines d’usinage, ce report était inévitable. "Si nous participons à un salon de ce genre, c’est pour rencontrer 200 à 300 clients", rappelle-t-il.  Aucun intérêt à maintenir un événement où la plupart des visiteurs sont absents, empêchés par les consignes de limitation des déplacements, émises par des pays ou des entreprises.

Un avis que partage Sébastien Gillet, directeur de Global Industrie. "Certains exposants nous avaient dit leur crainte de venir, ou les consignes de leurs maisons mères, se souvient-il. Faire un salon avec 20 % d’exposants et 50 % de fréquentation en moins aurait été totalement inconscient." La grand-messe de l’industrie française, prévue du 31 mars au 3 avril à Villepinte (Seine-Saint-Denis), aura finalement lieu du 9 au 12 juin au Bourget (Seine-Saint-Denis). "Nous sommes soutenus par 90 % de nos partenaires et exposants. Avec un maintien, nous aurions fait 90 % d’insatisfaits", argue l’organisateur.

Trois salons en cinq semaines 

"Nous avons souhaité alerter nos exposants avant qu’ils n'engagent des frais", souligne Sébastien Gillet. Le directeur du salon, optimiste, souhaite d’ailleurs profiter de cet imprévu pour renouveler le genre. "Nous devrions avoir du beau temps et nous pourrons faire des choses en extérieur, envisage-t-il. Nous allons être soutenus par nos exposants pour marquer cette édition particulière." Il n’envisage d’ailleurs aucune baisse de fréquentation : la surface du salon restera globalement inchangée, à 9 000 mètres carrés.

Un optimisme que ne partage pas Jean Martin, délégué général de la fédération de la plasturgie. "Avec les reports, le salon des composites JEC World aura lieu trois semaines avant Global Industrie, qui va se tenir une semaine avant le salon de la plasturgie FIP, compte-t-il. Est-ce que les exposants et les visiteurs vont pouvoir assumer trois salons en cinq semaines ?" Une question d’autant plus importante que ces événements réunissent généralement des participants des mêmes cercles.

Le retour sur investissement questionné

Pour Philippe Palefroy, d’Hestika France, ces reports interrogent sur le retour sur investissement qu'offrent les salons. "Dans le temps, c’était un moment où nous prenions des commandes, rappelle-t-il. Aujourd’hui, ce sont très souvent des contrats bien engagés en amont qui se finalisent seulement au salon." Selon lui, ces moments essentiellement relationnels peuvent être déplacés, dans le showroom de 350 mètres carrés de l’entreprise, par exemple. "Participer à tous ces événements est un investissement, souligne Philippe Palefroy. Il faut solliciter des techniciens pour calibrer les machines, louer le stand, payer la manutention des machines exposées, leur transport…"

Mais pour beaucoup, cela demeure un investissement nécessaire. Mireille Maillard, directrice générale de Yokogawa France, accuse un ralentissement de son activité dû à l’épidémie, mais aussi aux reports des rendez-vous industriels. "Chaque année, nous prenons des contacts, passons des commandes et nous montrons nos nouveaux produits dans les salons, rappelle-t-elle. Les reports décalent dans le temps toute une partie de notre activité, et nous nous retrouvons bloqués" Si l’entreprise d’électrotechnique cherche à compenser le report du CFIA (reporté du 26 au 28 mai, à Rennes) en numérisant ses contacts avec ses clients, elle ne peut rencontrer de nouveaux prospects. "Nous pouvons établir jusqu’à 300 contacts lors d’un salon", rappelle la directrice générale.

"Dans la stratégie commerciale d’une entreprise, un salon comme Global Industrie reste un événement important, abonde Richard Crétier, délégué général du Syndicat national des sous-traitants en électronique. Le salon, c’est l’occasion de pouvoir rencontrer clients et prospects dans un lieu unique, sur une période courte." Une optimisation des rencontres qui se trouve au cœur de la valeur de ces rendez-vous. "Personne n’achète une machine à plusieurs centaines de milliers d’euros sur internet, renchérit Sébastien Gillet de Global Industrie. Et personne ne peut faire le tour de tous les fabricants de machines de France pour faire son choix." De quoi garantir que, malgré les turbulences, les grands rendez-vous de l’industrie devraient perdurer.

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