Faute d'un accord avec Renault, la survie de la Fonderie de Bretagne menacée

Après des mois de négociation, Renault a finalement opposé un refus aux exigences posées par le fonds allemand Private Assets, qui conditionnait la reprise de la Fonderie de Bretagne à un engagement financier et commercial du constructeur automobile. La survie de l'équipementier est menacée.

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Fonderie de Bretagne à Caudan dans le Morbihan
Fonderie de Bretagne à Caudan dans le Morbihan

Triste dénouement que celui du marathon pour la sauvegarde de la Fonderie de Bretagne (FDB). Après des mois de négociations, les espoirs des quelque 300 salariés de l’équipementier breton ont été douchés par l’incapacité de Renault et du fonds de retournement allemand Private Assets à se mettre d’accord. La direction de FDB l’a annoncé ce jeudi 5 décembre à ses salariés.

Malgré l’implication de l’Etat ces dernières semaines, le fonds n’a pas réussi à imposer ses conditions pour la reprise de FDB au constructeur automobile, ancien propriétaire de l’usine spécialisée dans les pièces de transmission. Cet échec hypothèque fortement l’avenir de l’entreprise de Caudan (Morbihan).

«Face à ce blocage de Renault, la direction a demandé au président du tribunal de commerce de Rennes de convoquer sans délai les protagonistes du dossier», annonce FDB dans un communiqué. Et de tancer le «cynisme froid de Renault, qui a attendu la crise politique et la veille de Noël pour acter son refus de financer le projet, au risque de provoquer à très court terme la disparition de son ancienne filiale», au lendemain de la motion de censure votée à l'Assemblée contre le gouvernement Barnier.

Une usine dépendante à 90% de Renault

Private Assets était en négociations exclusives avec l’actuel propriétaire de la fonderie, Callista, un autre fonds allemand, depuis fin juillet 2024. Mais c’était de Renault, principal client de FDB, qu’il attendait des engagements. Private Assets exigeait du constructeur qu’il maintienne le plan de redressement accordé avec Callista en 2022, lorsque le Losange lui avait cédé FDB. Ce plan, déjà en partie mis en œuvre, incluait 62 millions d’euros d’investissements et de compensations sur les pertes opérationnelles à venir.

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Private assets réclamait en outre un engagement de Renault en volumes de commandes jusqu’en 2028. Délai que l’usine mettrait à profit pour trouver de nouveaux débouchés et continuer de redresser ses comptes, actuellement dans le rouge, avec un Ebitda négatif de 9,97 millions d’euros (-14,1 millions d'euros en 2022). Le fonds, déjà propriétaire d’un groupe de fonderies en Allemagne et en Espagne, Procast Guss, s’engageait par ailleurs à apporter 11000 tonnes de production au plan de charge. De quoi permettre à FDB de s’émanciper de Renault, dont les commandes représentent actuellement plus de 90% des ventes de la fonderie.

Selon nos informations, dans le cadre des négociations, Renault acceptait de verser le reliquat de plus de 20 millions d’euros de l’accord de 2022, ainsi qu’un complément de 5 millions d’euros. En revanche, le constructeur a déjà entamé son désengagement dans le carnet de commandes de la fonderie. Le volume commandé à FDB sera ainsi réduit de 50% dès 2025, le Losange refusant de s’engager au-delà de cette date et de compenser financièrement les pertes opérationnelles occasionnées pour FDB.

«Renault ne voulait pas d’un accord»

Après des mois de négociations difficiles, le soutien affirmé de l’Etat, premier actionnaire de Renault (15% du capital), au projet de reprise de FDB ces derniers jours, avait redonné de l’espoir à la fonderie. Lundi 2 décembre, «l’Etat [a mis] sur la table un prêt de 14 millions d’euros qui [devait] permettre de boucler un tour de table sous réserve que les parties, dont Renault et le candidat repreneur, fassent leur effort», confiait mercredi 4 décembre une source proche du dossier à L’Usine Nouvelle. Sans succès.

De quoi faire dire à Bjorn Schlosser, président de la filiale française de Private Assets interrogé par L’Usine Nouvelle, que «Renault ne voulait pas d’un accord, et ce depuis le début». Et d’ajouter : «Renault ne pensait pas qu’un repreneur présenterait une offre comme la nôtre, apportant des volumes de production rapidement. Mais une telle transformation a un prix et ils n’ont pas voulu le payer.» Une fois encore, la chaine de valeur de l'auto française s'apprête donc à perdre l'un de ses maillons. 

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