Le train : du bon temps à bon prix. C’était le slogan de la SNCF en 1983. Une idée qui a bien mal vieilli. Au moment où certains d’entre vous ont la chance de partir en vacances, entre menace de grève et trains bondés, la compagnie ferroviaire semble être au bord de l’asphyxie. Il y a d’abord eu, en début d’année, l’échec industriel du lancement de la nouvelle application SNCF Connect censée faciliter la réservation de billets. Un raté historique qui va bien plus loin que les sarcasmes des réseaux sociaux. On peut parler de totale impréparation. C’est un peu comme si Renault décidait de lancer sa nouvelle Megane sans avoir fait au préalable tous les tests sur route. Même si, depuis, la compagnie a rectifié une partie des critiques, le mal est fait.
Il y a ensuite les réservations qui sont, cet été, à des niveaux exceptionnels. De quoi s’en réjouir. Mais malgré les dénégations de la compagnie, les prix donnent le sentiment d’avoir suivi, eux aussi, la même courbe. Les fameux petits prix, pourtant vantés par la compagnie, ont été avalés en quelques jours par cette demande historique. Pourtant, la SNCF avait, devant elle, un boulevard pour attirer les clients dans un contexte de prix des carburants au plus haut. Une occasion manquée. Même si de réels efforts ont été consentis, c’est une révolution tarifaire que la SNCF doit lancer. Une réforme capitale pour permettre aux jeunes de prendre le train. Une certitude : on ne pourra pas décarboner la route sans renforcer le train. Et la SNCF a un autre enjeu : rénover son réseau. La compagnie a souvent été victime de décisions contradictoires de la part de l’État. Elle a dû développer à marche forcée la grande vitesse sur des lignes à la rentabilité pas totalement assurée. Ce qui a plombé ses comptes et sa dette. La conséquence de tout cela c’est un sous-investissement massif sur le réseau.
Selon un grand industriel du secteur, nous dépensons autant que les Suisses pour entretenir un réseau autrement plus développé. Ce n’est pas assez pour préparer l’avenir. Il faut moderniser ce réseau. Il faut le connecter pour être, encore plus qu’aujourd’hui, dans de la maintenance prédictive. Il faut rénover les rames et surtout développer les trains du quotidien pour donner envie aux Français de lâcher un peu leurs voitures quand cela est possible. La SNCF est donc face à un quadruple défi industriel. Rénover son réseau. Développer les trains du quotidien. Rendre les prix plus attractifs. Faire face à la concurrence. Un chantier titanesque. Si elle arrive à le relever, elle sera l’un des acteurs majeurs de la transition écologique en France. Ça mérite de le tenter.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle n°3708-3709 - Juillet-Août 2022



