Annus horribilis pour EDF. Rien ne va plus. La production de nucléaire est au plus bas à la suite de l’arrêt de réacteurs pour des problèmes de corrosion et le calendrier de redémarrage est chaque jour plus incertain. Cela arrive au moment où la France a plus que jamais besoin, en pleine guerre en Ukraine, de tous ses réacteurs pour passer l’hiver. Pour cause de bouclier tarifaire, l’électricien enchaîne les pertes. Le démarrage de l’EPR de Flamanville ressemble de plus en plus à une arlésienne. Même le calendrier des réacteurs d’Hinkley Point C, en Grande-Bretagne, est sujet à caution. L’entreprise est aujourd’hui en plein doute.
À qui la faute ? Si l’on en croit le président de la République et les ministres qui reprennent en chœur le refrain, le coupable s’appelle Jean-Bernard Lévy. Débauché de Thales en 2014 par Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie de François Hollande, l’ex-PDG d’EDF n’aurait pas su préparer l’entreprise à la relance du parc nucléaire. Il serait le responsable de tous les errements actuels. Un coupable un peu trop facilement désigné.
Un chantier titanesque pour Luc Rémont
Qui a refusé ces dernières années, pour des raisons politiques, d’augmenter suffisamment les prix de l’électricité, donc de priver EDF des moyens nécessaires pour préparer l’avenir ? Qui a ouvert, après décision européenne, un boulevard aux opérateurs alternatifs ? Qui a engagé et rendu presque inéluctable la fermeture de Fessenheim ? Le gouvernement de François Hollande. Emmanuel Macron, une fois Président, a lui aussi confirmé la fermeture… en faisant de Fessenheim un symbole politique. Pire, l’État s’est montré totalement avare pour dédommager l’entreprise. Ajoutons à cela la volonté de réduire la part du nucléaire et de prévoir la fermeture de nombreux réacteurs. Un programme qui a empêché de maintenir les compétences.
Avec le recul, on se dit que Jean-Bernard Lévy aurait dû claquer la porte. Mais il a cru pouvoir contourner les obstacles. Il n’a pas toujours réussi, loin de là. Il n’a pas bien préparé le terrain pour le projet Hercule. Un objectif de scission sûrement trop ambitieux. Il a péché par excès de confiance sur Flamanville et les problèmes de corrosion. Mais on peut mettre à son actif le lancement d’un vaste programme d’éolien en mer et surtout le méga-contrat britannique qu’EDF a remporté sous son ère. Une occasion unique de donner un nouveau souffle à la filière, de renouveler les équipes pour les préparer aux défis de demain. C’est la raison pour laquelle il a mis en place le plan Excell, qui commence à donner quelques résultats. Il ne ratait pas une occasion, ces dernières années, de présenter les plans des futurs EPR qu’il avait en tête pour la France et pour lesquels il a longtemps prêché dans le désert.
Adepte de la sobriété énergétique avant l’heure (il ne fait jamais plus de 18°C dans son bureau), Jean-Bernard Lévy laisse un chantier titanesque à son successeur, Luc Rémont. Relancer en Ligue 1 un EDF qui joue à peine le maintien en Ligue 2. L’équipe de France du nucléaire est belle. Elle a besoin d’un entraîneur, d’un encadrement et d’une fédération qui jouent tous dans le même sens. Le temps est peut-être enfin venu d’espérer décrocher une nouvelle étoile de champion du monde.



