C’est peu de dire que les défis qui attendent le remplaçant de Jean-Bernard Levy, actuel PDG d’EDF, sont nombreux… et complexes. Il lui faudra d'abord tout mettre en oeuvre pour redémarrer les réacteurs nucléaires à l'arrêt, pour cause de fissures dues à un problème de corrosion sous contrainte, mais aussi à des problèmes de compétences en maintenance. C'est une des deux priorités fixées par le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, au nouveau dirigeant d'EDF. La deuxième priorité, toute aussi industrielle, étant de lancer la construction des six nouveaux EPR 2 dans les meilleurs délais. Mais il lui faudra réussir une refonte en profondeur de l’électricien national, après l’échec du projet Hercule de son prédécesseur.
Car la renationalisation d’EDF n’est qu’une étape. Certes elle devrait rassurer les marchés financiers alors que le groupe, grevé par une dette de 60 milliards d’euros, va devoir massivement investir dans la construction de nouveaux réacteurs en France, mais aussi assurer son développement international au Royaume-Uni, en Europe de l’Est et en Inde, notamment. Elle devrait aussi permettre plus facilement de créer une pseudo-régie pour «nationaliser» les centrales hydrauliques et éviter la mise en concurrences des concessions attendues par Bruxelles.
Réussir la refonte avortée d'EDF
Mais pour le reste, le fait que l’État détienne 100% des parts du capital au lieu de 85% ne change pas la donne en profondeur. Le nouvel EDF s'appuiera toujours sur un parc nucléaire vieillissant, dont la prolongation des réacteurs au delà de 50 ans n'est pas garantie. Il devra faire avec des problèmes récurrents de compétences dans la filière, des piscines de stockage de combustibles usés qui débordent, un EPR de Flamanville toujours pas démarré... Et des activités très concurrentielles, dans les services énergétiques et les renouvelables, à gérer en parfaite étanchéité avec les activités régulées de transport et distribution d’électricité d’Enedis et RTE, alors qu’une réforme du marché de l’énergie en Europe est sur la table.
Sans parler des plans hydrogène, solaire, stockage et véhicule électriques lancés par son prédécesseur, qui piétinent alors qu’ils nécessitent de lourds investissements, eux aussi. Si la réforme du prix de vente du nucléaire historique, Arenh, reste du ressort de la CRE (Commission de régulation de l'énergie) et de l’État, le nouveau directeur général d’EDF doit parfaitement connaître les arcanes de l’État, des finances et des affaires pour piloter ce groupe de 170 000 personnes… et le désendetter tout en le développant.

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Savoir parler aux investisseurs
C’est le cas de Luc Rémont, actuel directeur général, opérations internationales, en charge de l’Amérique du Sud, de l’Afrique et du Moyen-Orient, de l’Inde, de l’Asie de l’Est et du Pacifique, et membre du comité exécutif de Schneider Electric, à ce poste depuis avril 2017. Ce diplômé de l’École Polytechnique et ingénieur de l’École nationale supérieure des techniques Avancées (Ensta) a débuté sa carrière en 1993 comme ingénieur à la Délégation générale pour l’armement (DGA), avant d’intégrer, en 1996, le ministère de l’Économie, des finances et de l’industrie. Il passera au Trésor, en charge des relations avec les banques multilatérales de développement (Berd, Banque mondiale), puis aux participations de l’État français dans les sociétés de transport, avant d’intégrer le cabinet des ministres des Finances de 2002 à 2007. Il part ensuite dans le privé, dans la banque en 2007, devient directeur de la Banque de financement et d’investissement Bank of America Merrill Lynch en France en 2009, avant de rejoindre Schneider Electric en juillet 2014 où il prendra la présidence de Schneider Electric France, avant les opérations internationales en 2017.
Luc Rémont saura donc parler à la fois aux investisseurs et à l’État. Reste à voir comment il réussira à gérer le dialogue social dans une entreprise où le comité d’entreprise est très puissant.



