EDF accorde un délai aux industriels électro-intensifs pour négocier des contrats de long terme adossés au nucléaire

Selon des informations obtenues par L’Usine Nouvelle, EDF n’engagera bientôt plus de nouvelles négociations bilatérales avec les industriels électro-intensifs pour ses contrats de long terme adossés au parc nucléaire, un outil de sa politique commerciale post-Arenh. L’idée de l’énergéticien est de faire preuve de cohérence alors qu’il s’apprête à lancer un mécanisme d’enchère sur les mêmes produits.

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Les industriels pourraient bientôt ne plus pouvoir engager de nouvelles négociations bilatérales avec EDF sur ses CAPN.

Après le premier point qui s’était tenu en décembre 2024 sur le futur cadre de régulation du prix de l’électricité post-Arenh, un parfum de bilan flotte à nouveau dans l’air concernant l’accord de novembre 2023 entre l’Etat et EDF. Conçue pour apporter de la visibilité aux industriels, tout en garantissant leur compétitivité et la santé financière d’EDF qui a enregistré un bénéfice record de 11,4 milliards d’euros en 2024, la nouvelle politique commerciale de l’énergéticien continue d’être scrutée de près par les pouvoirs publics. Un rapport sur son avancement devait ainsi être remis à Bercy cette semaine.

Un point clé de l’accord de 2023 consiste pour EDF à proposer aux industriels électro-intensifs, pour lesquels le prix de l’électricité est primordial afin d’exister dans le contexte de concurrence internationale, des contrats d’allocation de production nucléaire (CAPN) d’environ 15 ans. Pour le moment, dix lettres d’intention ont été signées pour ces produits, pour un total de 12,7 TWh de consommation annuelle. Une seule de ces lettres a donné lieu à la signature d’un contrat ferme. Huit de ces lettres concernent des sites existants et deux des projets devant encore être menés à bien.

Une échéance en mai ou un peu après

L’Etat espérait pourtant jusque récemment qu’EDF atteigne très rapidement un volume d’une vingtaine de TWh de consommation annuelle couvert par des CAPN. Or les choses s’accélèrent. Selon nos informations, les négociations bilatérales entre EDF et les industriels électro-intensifs sur ces contrats devraient se terminer vers le mois de mai ou un peu après, en cohérence avec le lancement du mécanisme d’enchère annoncé récemment, l’énergéticien ayant accordé un délai supplémentaire par rapport à sa première échéance fixée au 15 avril prochain. De quoi comprendre un peu mieux les inquiétudes exprimées récemment par les industriels électro-intensifs sur le risque de voir EDF leur tourner le dos et «vendre aux plus offrants» ses CAPN «plutôt qu’à ceux qui en ont besoin». « Avec un seul contrat signé à date, le compte n’y est pas. Nos secteurs industriels appellent des progrès dans une négociation qui ne peut aboutir que dans la confiance et la transparence», ont prévenu lundi 10 mars plusieurs fédérations professionnelles dont France Chimie, Aluminium France et France Ciment dans un communiqué commun.

Au-delà de cette échéance prévue avant l’été, les industriels avec des lettres d’intention pourront toujours les transformer en contrats fermes. En revanche, les retardataires sans la moindre signature devraient avoir comme unique solution les enchères annoncées par EDF pour conclure des CAPN. En tout cas pour ceux qui resteront intéressés par un mécanisme dont le prix d’introduction n’est pas connu.

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6400 contrats de moyen terme signés

Pour certaines industries en difficulté par exemple, se projeter sur 15 ans peut être difficile. Dans ce cas, les contrats de moyen terme pour un approvisionnement en électricité à un horizon de quatre ou cinq ans proposés également dans le cadre de la nouvelle politique commerciale de l’énergéticien peuvent apparaître comme une solution d’appoint. EDF a signé une quarantaine de ces contrats avec de très gros consommateurs industriels, parfois électro-intensifs, ayant plus de 100GWh de consommation annuelle, sans que L’Usine Nouvelle ait connaissance des volumes concernés. Au total en revanche, EDF avait signé début mars 6400 contrats de moyen terme, pour un volume global de 23TWh à l’horizon 2028. Parmi les contrats de ce type signés en 2024, 57% des volumes bénéficient à l’industrie. Et 1300 concernent des TPE et PME particulièrement sensibles au prix de l’électricité.

En parallèle, toujours sur des horizons de quatre à cinq ans, EDF commercialise depuis 2023 sur le marché de gros jusqu’à 5MW d’électricité par jour pour permettre aux fournisseurs concurrents de faire des propositions à leurs clients à ces échéances. Les volumes vendus pour être livrés à un horizon de quatre ans ont augmenté de plus de 1000% entre 2023 et fin 2024.

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