La crise sanitaire, avec ses confinements et ses couvre-feux, a fortement fragilisé les entreprises françaises. Notre enquête auprès des plus importants recruteurs de l’industrie et de ses services montre une perte sèche de près de 29 000 recrutements par rapport aux prévisions de 2020 : 140 000 embauches sont prévues en France en 2021, alors que 169 000 avaient été annoncées pour 2020.
41,4% de ces recrutements concerneront des postes de cadres et d’ingénieurs, très majoritairement en CDI (86,4%).
Certains grands industriels n’ont pas souhaité nous répondre, soit parce qu’ils ont du mal à établir des projections dans un contexte incertain, soit parce que leurs perspectives sont peu réjouissantes. C’est le cas de Total, de Renault, de PSA, de JCDecaux et d’Hermès.
Dans cette conjoncture morose, l’une des bonnes nouvelles vient de la dynamique des recrutements prévus pour 2021. Les entreprises qui ont répondu à notre sondage prévoient à 53% d'embaucher plus que l'an dernier, alors qu’elles n’étaient que 26% au début 2020 à envisager cette hausse. Peut-être la marque d’un dégel après dix mois de crise ?
Fortes chutes chez les gros recruteurs
Parmi les grands recruteurs, quelques changements notables apparaissent. La SNCF prend la tête du classement en annonçant 13 200 recrutements, soit « seulement » 400 postes de moins qu'en 2020. En revanche, LVMH, plus gros recruteur l'an dernier, recule à la deuxième place avec 9 500 embauches prévues, contre 14 700 un an auparavant. Cet écart s’explique par la forte baisse du nombre de CDD dans ses boutiques, des commerces dits « non essentiels ».
Juste derrière, Engie prend la troisième place, avec 9 000 embauches prévues (10 000 l'an dernier), suivi du groupe Vinci, qui recrutera 8000 personnes, soit 2000 de moins qu'en 2020, à égalité avec EDF, qui avec 8000 embauches prévues en 2021 recrute plus que l'an dernier (6 000). Veolia (7e) et Suez (9e), qui promettent de recruter plus qu'en 2020, se suivent de près, le premier annonçant 6 500 recrutements en 2021 (+1 500), le second 4 000 (+3 000)... Des groupes publics comme La Poste et la RATP provisionnent 3 200 embauches, en forte baisse à La Poste (5 500 recrutements prévus en 2020).
Rien que sur les 20 plus gros recruteurs, le nombre d'embauches prévues passe de 118 000 en 2020 à 100 000 en 2021.
Des situations contrastées
Dans le numérique et l’ingénierie, la situation est contrastée. Capgemini va renforcer son effectif avec 6 200 embauches, contre 4 500 l’an passé, quand Alten, affecté par le recul des investissements de ses clients, en annonce 2 800, contre 4 400 en 2020. Dans l’aéronautique et la défense, Safran plonge en divisant par six ses prévisions de recrutement par rapport à 2020 (550 au lieu de 3 300), passant de la 16e à la 44e position, à égalité avec MBDA, qui recrute, lui, au même niveau que l’an dernier.
Du côté des cabinets de conseil et de services financiers, si KPMG et EY ont un peu réduit leurs prévisions d’embauches pour 2021, ils restent de grands recruteurs de jeunes diplômés. Ces derniers représentent 24 % des recrutements prévus par les entreprises de l’industrie et de ses services. Pour les aider à trouver un emploi, le gouvernement a prolongé ses mesures de soutien via, notamment, une extension jusqu’en mars des primes à l’embauche de jeunes.
Méthodologie
Enquête réalisée par Éric Coder du 11 au 29 janvier 2021, à partir d’un questionnaire élaboré par L’Usine Nouvelle et envoyé à près de 700 entreprises de l’industrie, des services à l’industrie et du numérique.



