Impossible de revoir ces foules de travailleurs agglutinés à la sortie des métros, trains et RER pour rejoindre leur tour à La Défense. Le premier quartier d’affaires européen compte environ 180 000 salariés, mais surtout, à la pointe de 9 heures, ce sont 50 000 personnes qui sortent de terre en quelques minutes pour rejoindre leurs bureaux.
"Nous avons observé que le retour sera très progressif. La semaine du 11 mai, il ne devrait pas y avoir plus de 10% des salariés habituellement présents, indique Anouk Exertier, responsable du pôle mobilité à l’établissement public Paris La Défense, qui gère l’espace à l’intérieur du boulevard circulaire. D’ici l’été, 30% des salariés reviendront sur le site, mais avec des roulements d’équipe, souvent par demi-journée." Pour la rentrée de septembre, c’est encore flou, mais les estimations tournent autour de 40 à 50%.
10 % de collaborateurs au siège de Suez
Une entreprise comme Suez qui avait encore plus de 50% de personnel sur le terrain et avait mis tout le siège en télétravail (98%) pendant le confinement confirme cette tendance. "A partir du 11 mai, nous avons effectué des sondages et seul 10% des 2 000 employés du siège de la Défense vont revenir au bureau, explique Isabelle Calvez, directrice des ressources humaines de Suez. Certains télétravaillaient dans de mauvaises conditions ou souffrent de l’isolement et préfèrent donc revenir au bureau, mais nous avions tablé sur 20 % de retours."
Sur l’ensemble des 30 000 collaborateurs de Suez en France, seuls 25% sont en télétravail, 20% sont au chômage partiel, et une majorité d’entre eux sont sur le terrain. "Nous les avons équipés de masques et de gel. Nous avons pu continuer à assurer les services avec nos plans de continuité d’activités. Certains travaux qui n’étaient pas essentiels ont été repoussés."
"La reprise au siège est très prudente, poursuit Isabelle Calvez. Pour ceux qui viennent, nous leur demandons de privilégier la voiture et les incitons à venir en horaires décalés. Les gens ne pointent pas, donc ils peuvent s’organiser."
Suez compte pérenniser le télétravail et le travail à distance. Les salariés pourront aller travailler sur des sites plus proches de chez eux que le siège parisien. Auparavant, le management était parfois hostile au télétravail. "La France a un retard culturel sur le télétravail par rapport aux pays anglo-saxons", reconnait Isabelle Calvez.
Suez va proposer également sur la base du volontariat aux salariés qui le souhaitent de se faire tester dans un réseau de grands laboratoires avec les tests PCR et sérologiques. Sur les sites, un contrôle de la température sera effectué ainsi qu’un ensemble de protections pour éviter une propagation du virus (distanciation, masques, gel,…) Mais pas question de leur indiquer où ils doivent s’asseoir. "Il faut faire confiance aux gens."
Une charte signée par une quinzaine d’entreprises
A La Défense, le problème des heures de pointe fait l’objet de réflexions depuis novembre 2018, lorsqu’une quinzaine d’entreprises, qui représentent environ 50 000 salariés, ont signé avec la RATP, la SNCF, Paris La Défense et la région Île-de-France une charte pour mettre en place une expérimentation du lissage des horaires d’arrivée et de départ.
Chaque signataire s’engageait à mettre en place des actions pour favoriser un étalement des horaires. La première année a permis de mettre tout le monde autour de la table. Fin 2019, les partenaires devaient finaliser un plan d’action commun. Mais les grèves, puis le Covid-19 ont un peu arrêté le mouvement. Le déconfinement est donc l'occasion de mettre en pratique les bonnes intentions.
"C’est une excellente opportunité pour généraliser le télétravail qui n’était - malgré ce que disent les entreprises - que très peu développé, analyse Anouk Exertier. Les comptages effectués en 14 points ne révélaient aucune variation d’un jour à l’autre sur l’hyper pointe, mais là nous avons une véritable opportunité d’accélérer le développement du télétravail."
A partir du 11 mai, beaucoup plus de gens vont venir en voiture mais "on ne peut pas les obliger à venir travailler en vélo". Les parcours ne sont pour l’instant pas aménagés pour être confortables et efficaces. Actuellement, une piste cyclable est en développement depuis la porte Maillot (Paris 16ème) en suivant la ligne 1 du métro. Elle sera prête le 23 mai prochain et devrait rapidement permettre d’accéder au quartier d’affaires.



