[Déconfinement] Le lissage des horaires d'arrivée, solution au casse-tête de l'organisation des transports en Ile-de-France ?

La première région économique de France doit mettre en place le déconfinement en limitant au maximum les déplacements dans un premier temps et augmentant l’offre pour respecter la distanciation. Pas simple, sans télétravail massif... et lissage des horaires de travail.

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Ile-de-France Mobilités
La région met la pression sur les entreprises pour maintenir le télétravail.

Le masque et la distanciation obligatoires dans les transports en commun sont un casse-tête pour les autorités organisatrices des mobilités (AOM) et les opérateurs de transport qui sont toujours très sceptiques sur le respect des distances entre les voyageurs. Dans ce cadre, ils ne voient pas la possibilité d’accueillir plus de 10 à 20 % de la fréquentation habituelle (9,4 millions de déplacements par jour). Entre un tiers et un quart de la capacité d’un métro ou d’une rame de RER serait occupée.

Des amendes dissuasives

Valérie Pécresse, la présidente de la Région Ile-de-France et du conseil d’administration d’Île-de-France Mobilités, est montée au créneau le 3 mai, notamment avec une interview dans le Journal du Dimanche, où elle renouvelle son appel pour que les entreprises maintiennent le télétravail. A 100 % la première semaine, 90 % la seconde, puis 80 % jusqu’à l’été. Et une attestation d’employeur pour ceux qui sont obligés de se déplacer aux heures de pointe. Elle demande aussi des renforts des forces de sécurité pour appliquer les règles : port du masque obligatoire et la distanciation physique. Et des amendes dissuasives (135 euros) pour ceux qui ne porteraient pas le masque ou qui ne disposeraient pas de l’attestation de l’employeur.

"La présidente de la région, Valérie Pécresse, encourage les entreprises à favoriser le télétravail en première intention, rappelle Dany Nguyen-Luong, directeur du département mobilité transports à l’Institut Paris Région. Autres leviers : il faut filtrer l’usage des transports en commun aux heures de pointe en faveur des actifs et lisser des horaires de travail."

Deux expérimentations en cours

Deux expérimentations de 'lissage" ont été mises en place en 2019, dont la région n’a pas encore les résultats. Dans le secteur de la Défense, la Région et une quinzaine d’entreprises qui représentent un tiers des salariés de la Défense ont mis en place une charte. Sur le secteur d’Evry, il s’agissait surtout de limiter les encombrements routiers aux heures de pointe, en travaillant sur les horaires d’arrivée avec une vingtaine d’entreprises, administrations, et université dont quatre représentent les trois quart des entreprises concernées (Safran, Université d’Evry, le conseil départemental et le centre commercial Carrefour Evry 2).

"Il faut viser 10 % à 20 % de report sur 30 minutes ou 1 heure pour obtenir des résultats sur la désaturation des transports", indique-t-on à l’Institut Paris Région.

La présidente de la Région a évoqué dans les colonnes du JDD des négociations "avec les entreprises pour que l'arrivée au travail le matin soit étalée, par tranches horaires, entre 6h30 et 10h30 ; et le retour entre 15h30 et 19h30".

Une culture de l’obligation de présence

"Il existe, malheureusement, encore trop souvent au niveau des directions et des managers, une culture de l’obligation de présence et de l’arrivée à l’heure, regrette Dany Nguyen-Luong. L’exemple de Rennes en 2012 est pourtant significatif. Il a permis de désaturer "l’hyper pointe" dans le métro grâce aux étudiants qui ont décalé leurs horaires d’arrivée d’un quart d’heure avec l’accord de l’Université."

Le grand retour de la voiture ?

Face à des transports saturés et désorganisés (avec des phénomènes de files d'attente), le risque est d'assister un retour fracassant de la voiture. A Pékin et Shanghai, par exemple, les niveaux de congestion sont à nouveau équivalents à ceux de 2019, par contre les transports publics ont vu leur fréquentation baisser de 30 à 40 %.

D’où la nécessité de favoriser les modes de transport alternatifs pour désaturer les transports en commun, mais non polluants, comme la bicyclette. "La région va subventionner la réalisation de pistes cyclables provisoires et sécurisées. La ville de Paris envisage de créer des pistes cyclables qui suivent les lignes de métro les plus fréquentées, note Dany Nguyen-Luong. Cette crise peut durer 18 ou 24 mois, mais on réfléchit sur le long terme avec en ligne de mire un modèle de développement qui doit assurer la neutralité carbone tout en assurant une meilleure sécurité sanitaire qui vient s’y ajouter."

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