Analyse

[Déconfinement] Le port du masque plébiscité dans les transports, mais la distanciation inquiète

Le Premier ministre a annoncé les mesures à prendre dans les transports publics à partir du 11 mai. Masque obligatoire, places condamnées, civisme… Voici quelques réactions de professionnels du secteur.

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RER B
RER B

Les transports publics ont été largement abordés par le Premier ministre Edouard Philippe lors de son allocution devant les députés, mardi 28 avril 2020, après-midi. C’est le centre névralgique de l’activité économique surtout dans les métropoles.

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Il a répondu à la demande des opérateurs de transport de rendre obligatoire le port du masque avec une décision claire puisqu’elle s’applique à tous les voyageurs, quel que soit l’heure et la ville. Il sera nécessaire pour voyager au moins pendant les trois semaines suivant le 11 mai. Une décision saluée par les professionnels des transports, notamment les opérateurs qui réclamaient cette décision.

“Il faut imposer le port du masque pour tous dans les transports en commun, c’est une règle qui fait consensus dans la profession, parce que nous sommes convaincus que nous ne pouvons pas faire de distanciation dans les transports publics, indiquait Frédéric Baverez, directeur exécutif France de Keolis dans les colonnes de l’Usine Nouvelle, il y a quelques jours. Si nous commençons à avoir des règles floues, cela ne fonctionnera pas. Le gouvernement doit avoir une position claire.”

L’UNSA inquiète pour les contrôles

“Il y a des choses tout à fait satisfaisantes dans les annonces du Premier ministre, prévient Bruno Gazeau, président de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (FNAUT). A commencer par le port obligatoire du masque.”

“Nous sommes favorables au port obligatoire du masque, indique Roger Dillenseger, conseiller pour l’UNSA Ferroviaire. Mais notre inquiétude est de savoir s’il y aura ou non des distributeurs de masques dans les gares et les stations et surtout de savoir qui assurera le suivi. Est-ce que les contrôleurs devront s’assurer de la bonne application des mesures et de la verbalisation ? La politique de la SNCF est depuis des années de réduire le personnel dans les gares et le nombre de contrôleurs. Aujourd’hui, on peut craindre que ce manque de personnel fasse défaut pour faire respecter ces protocoles.”

Quant à la RATP, elle a pris “acte des annonces de ce jour relatives au plan de déconfinement et notamment de l’objectif posé de distanciation sociale dans les transports, en plus de l’obligation du port du masques, pendant une période d’au moins trois semaines après le 11 mai.”

Le Premier ministre s’est montré clair sur la volonté du gouvernement de limiter l’affluence dans les transports en commun. “Cela veut dire, par exemple, que la capacité du métro parisien sera (...) drastiquement réduite par rapport à sa capacité normale. Qu’il faudra (...) condamner un siège sur deux, favoriser, par des marquages au sol la bonne répartition sur les quais, se préparer à limiter les flux en cas d’affluence”.

Un siège sur deux

Une mesure qui inquiète professionnels et usagers. “Nous allons travailler avec notre autorité organisatrice de transport (IDFM), la région, et en coordination avec la mairie de Paris et nos tutelles pour réadapter l’offre et limiter les flux afin de rendre possible la distanciation sociale en particulier aux heures de pointe, indique la RATP par la voix d’un porte-parole. La mise en application concrète d’une telle mesure, sur un réseau qui en temps normal produit 12 millions de voyages par jour, est en effet conditionnée à la capacité de limiter drastiquement les flux sur l’ensemble des lignes.”

A la FNAUT, on salue cette volonté d’augmenter rapidement l’offre de transport pour écrêter les pointes, la communication pour poursuivre le télétravail et demander aux entreprises de lisser les horaires de travail de leurs employés, de réserver les transports aux heures de pointes aux seules personnes qui travaillent. Et “jusqu’à l’été, les transports ne devraient pas être trop empruntés, mais je suis inquiet sur la mesure qui consiste à condamner un siège sur deux. Comment va-t-on appliquer cette mesure ?” s’interroge Bruno Gazeau.

Une inquiétude partagée par l’UNSA Ferroviaire. “Où va-t-on bloquer les usagers du métro ou du tramway ? Dans les couloirs, sur les quais ?” Des interrogations qui rejoignent celles des opérateurs des transports qui demandaient de ne pas mettre en place la distanciation sociale sous peine de reporter le problème sanitaire en amont.

Des trains déficitaires

Le gouvernement demande aussi de limiter au maximum les déplacements interrégionaux au-delà de 100 kilomètres. “Nous allons continuer à réduire l’offre aux déplacements professionnels et familiaux impérieux, à exiger une réservation obligatoire dans tous les trains, à décourager les déplacements entre départements.”

La FNAUT est “chagrinée par les réservations obligatoires dans les TER. Or cela n’existe pas, rappelle Bruno Gazeau. Beaucoup de salariés empruntent le TER pour se rendre à leur travail qui peut se trouver dans un bassin d’emplois à cheval sur deux départements ou deux régions.”

A la SNCF, les salariés ont aussi d’autres inquiétudes. Les syndicats demandent des précisions sur les moyens mis en place pour respecte la distanciation, sur la qualité des masques, sur les questions budgétaires. “Ce qui serait satisfaisant serait de retrouver un service normal, lance sous forme de boutade Roger Dillenseger. Pour la SNCF, le sujet est déjà très compliqué économiquement. En condamnant un siège sur deux, le transport sera forcément déficitaire.”

Les bonnes intentions liées à la réforme du ferroviaire et à la mise en place de la nouvelle SNCF, avec reprise d’une partie de la dette et réduction des déficits risquent d’être repoussés aux calendes grecques.

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