De nouveaux métiers industriels dans la liste des métiers en tension

Un arrêté publié le 22 mai recense les métiers en tension, pour lesquels une régularisation des travailleurs étrangers en situation irrégulière sera possible. Parmi eux, apparaissent plusieurs catégories d’ouvriers non qualifiés, dans presque toutes les régions. Mais les exigences pour obtenir un titre de séjour restent très élevées, l'impact économique sera donc relatif.

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Les ouvriers non-qualifiés des industries agroalimentaires font leur apparition dans la liste des métiers en tension de presque toutes les régions.

En matière d’immigration, les enjeux économiques ne pèsent souvent pas lourd face aux enjeux politiques. La publication ce jeudi 22 mai, quatre jours après l’élection de Bruno Retailleau à la présidence du parti Les Républicains, de la liste des métiers en tension en est une illustration flagrante. Farouchement opposé à toute procédure facilitant la régularisation des travailleurs sans-papiers, le ministre de l’Intérieur ne pouvait pas laisser publier cette liste avant le vote des adhérents LR de dimanche. Ses détracteurs y auraient trouvé matière à scandale… Attendue pour mars, puis avril, sa publication a plusieurs fois été reportée.

La liste s’élargit à de nouveaux métiers, passant d’une trentaine de familles à une quarantaine, couvrant 80 métiers différents. Dans l’industrie, ce sont surtout ceux d’ouvriers non qualifiés qui apparaissent, dans quasiment toutes les régions : ouvriers non qualifiés des industries agroalimentaires, de la chimie et des plastiques, de l’emballage et de la manutention (ces derniers dans cinq régions au lieu d'une). Jusqu’ici, les listes régionales ne mentionnaient que les ouvriers qualifiés. L’apparition de la catégorie «autres ouvriers qualifiés de type industriel» permettra d’ailleurs aux employeurs de l’industrie de caser pas mal de métiers. Présents dans deux régions seulement (aucune dans la liste précédente), les métiers du tri et de la collecte des déchets semblent avoir pâtis de ne pas être particulièrement en tension, grâce aux travailleurs étrangers qui les exercent. La ministre du Travail avait pourtant expressément demandé de prendre en compte ce critère. 

Les chaudronniers, auparavant présents dans quatre régions, ne le sont plus qu’en Ile-de-France. Si certains métiers de techniciens disparaissent des listes régionales, ceux des ingénieurs et cadres demeurent presque partout, avec des spécificités métiers (informatique, télécommunications, R&D de l’industrie...).

Alors qu’on a peu entendu le monde de l’industrie sur ce sujet, le secteur de l’hôtellerie-restauration, avec pour ambassadeur le médiatique chef Thierry Marx, s’est battu pour obtenir un élargissement de ses métiers dans la nouvelle liste. Il obtient notamment l’apparition des métiers de cuisiniers et employés de l’hôtellerie.

Impact très limité

Cet arrêté était attendu depuis janvier 2024 et l’adoption de la loi Darmanin sur l’immigration. Elle instaure la possibilité de délivrer un titre de séjour temporaire (d’une durée d’un an) à un étranger résidant sur sol français depuis au moins trois ans, s’il exerce un métier en tension et peut justifier de 12 bulletins de paie dans un métier en tension sur les 24 derniers mois. Les exigences de cette régularisation par le travail restent donc élevées, alors que le monde économique, quasi unanime, réclame des procédures simplifiées pour répondre aux problèmes de recrutement.

Principal changement par rapport à la législation antérieure : une attestation d’employeur n’est plus exigée pour demander ce titre de séjour. Pour appliquer la loi, la liste des métiers en tension, qui datait de 2021, devait être mise à jour. Reportée de mois en mois au fil des soubresauts politiques, sa publication était fermement attendue par le monde économique.

Pas sûr qu’elle simplifie réellement la vie des employeurs. D’une part les conditions d’obtention du titre de séjour sont plus exigeantes qu’auparavant. D’autre part, l’obtention de cette «admission exceptionnelle au séjour» reste soumise au bon vouloir des préfets, qui auront toute latitude pour évaluer le degré d’intégration des étrangers la demandant. Or une circulaire de janvier 2025 du ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau leur demande d’appliquer des critères beaucoup plus stricts qu’avant (niveau minimal en français, engagement à respecter les principes de la République, obligation de quitter le territoire émise en cas de refus de délivrer le titre de séjour…). De plus, les retards pris pour la publication de la liste des métiers en tension en limitent l’impact : les dispositions de la loi Darmanin, une expérimentation de trois ans, ne peuvent s’appliquer que jusqu’à la fin de 2026…

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