[Covid-19, la bataille de la production] Travaux publics, qui va payer les surcoûts ?

Un mois après la publication des consignes sanitaires dans le BTP, l’activité des entreprises de travaux publics redémarre. Les nouvelles règles engendrent des surcoûts, dont la prise en charge est encore indéterminée.

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Travailleur BTP
Les entreprises du BTP s'inquiètent des surcoûts liés aux protocoles sanitaires et de la baisse de la commande publique.

Dans les travaux publics, l’activité reprend lentement mais sûrement. D’après la Fédération nationale des travaux publics (FNTP), dans les conditions actuelles, elle s’élèverait à 60 % en mai, 75 % en juin et 90 % en juillet. Elle était tombée à 17 % d’un mois classique à la date du 30 avril. Plus de 90 % des entreprises ont repris des chantiers.

"Au début du confinement, il y a eu une incompréhension totale entre l’injonction de rester chez soi et de continuer à travailler. Certaines collectivités locales ne voulaient pas reprendre les chantiers jusqu’à la date du déconfinement, le 11 mai", témoigne le président de la FNTP, Bruno Cavagné, qui estime désormais à 90 % la proportion de chantiers du Grand Paris Express ayant repris, en mode dégradé.

Les 8 000 entreprises de travaux publics réalisent 45 milliards d’euros de chiffre d’affaires en France et 28 milliards d’euros à l’international.

La question des surcoûts reste en suspens

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Après la publication du guide de l’Organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics, le 15 avril, la question de l’intégration des surcoûts reste en suspens. Respect d’une distance minimale d’un mètre entre deux personnes, lavage approfondi des mains à chaque changement de tâche et toutes les deux heures en cas de port non permanent des gants, port d’un masque en cas de travail rapproché entre deux personnes, désinfection des surfaces de contact dans les véhicules, division par deux de la capacité nominale d’accueil simultanée des bases-vie et des bungalows : les préconisations sanitaires engendrent un accroissement du nombre d'équipements et affectent la productivité.

"Plus les chantiers sont gros et avec de la co-activité [entre métiers, Ndlr], plus les surcoûts sont importants", affirme Bruno Cavagné. Des discussions ont été engagées avec la Direction générale des infrastructures, des transports et de la mer afin de déterminer à quelle partie reviendrait la prise en charge de ces surcoûts. Un moyen de désamorcer l’insécurité juridique autour des contrats. Le responsable s’inquiète notamment pour les TPE et PME (98 % des entreprises de travaux publics), qui ne disposent pas forcément de services juridiques en mesure de faire valoir leurs intérêts. "Combien de temps va-t-on appliquer ces procédures ?", s’interroge Bruno Cavagné.

Des commandes en baisse

Autre source d’inquiétude des entreprises de TP, la baisse de la commande publique. La fédération estime à 9 milliards d’euros la baisse des recettes de fonctionnement des collectivités en 2020. Or, celles-ci représentent 40 % des commandes. "Si on n’est pas capables de lancer des appels d’offres, il y aura un trou d’air considérable à la rentrée, avec potentiellement du chômage supplémentaire", alerte Bruno Cavagné. Les volumes d’appels d’offres ont baissé de 45 % depuis deux mois, conséquence de l’impact du confinement et du report des élections municipales.

La fédération milite pour un allègement de charges, afin de prendre en charge une partie des surcoûts liés aux précautions sanitaires, ainsi que pour un plan de relance autour des infrastructures. "Nous devions embaucher 200 000 personnes dans les cinq ans à venir", rappelle son président. Une prévision probablement caduque, désormais.

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