Plus que le protocole sanitaire applicable sur les chantiers à relancer au déconfinement, les entreprises de la construction (matériaux et chantiers) craignent le trou d'air qui s'annonce dans leurs carnets de commandes. "Nous allons rattraper les chantiers qui avaient été stoppés. Par contre, le flux de nouveaux chantiers a été interrompu et nous risquons de faire face à un trou d’air à l’automne ou au printemps 2021. Toute l’instruction des nouveaux projets a été complètement endormie", s’inquiète Nicolas Vuillier, président de l’Union nationale des industries de carrières et des matériaux de construction (Unicem).
A l’heure de la reprise très progressive des chantiers, l'Unicem veille à l’efficience des mécanismes de l’Etat en matière d’assurance-crédit et au respect des délais de paiement, et tente d'obtenir une compensation du coût des nouvelles mesures sanitaires au moyen d’allègement de charges. Mais l'attente est forte sur les plans de relance qui permettront de traverser la longue crise qui s'annonce.
"Entre les annonces de plans de relance, leur réalité financière et les premiers coups de pioche, il s’écoulera de deux à trois ans. Les enveloppes pourraient être revues à la baisse au regard des déficits et de la dette publique", tempère Xavier Fournet. Responsable infrastructures et construction du cabinet d’audit KPMG, il a supervisé la réalisation d’une enquête auprès d’un panel de dirigeants du secteur des infrastructures et de la construction et de la promotion immobilière.
"La commande privée va réduire ses investissements au moins jusqu’à ce que les perspectives de croissance économique soient favorables", poursuit-il, citant notamment des projets d’extensions d’usines ou de création de centres commerciaux qui pourraient être contrariés. Le report des élections municipales retarde par ailleurs la délivrance de permis de construire.

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De nouvelles règles à intégrer
Pour l’heure, les entreprises doivent apprendre à composer avec les gestes barrières. Organiser un roulement pour les locaux communs, dématérialiser la remise des bons de pesées et autres documents, limiter l’accès aux comptoirs des chauffeurs, garantir un éloignement minimum d’un mètre entre les opérateurs, proscrire le partage des équipements individuels de protection ou équiper les personnels de masques, gants et lunettes lorsque la distanciation est impossible, telles sont les principales recommandations de l’Unicem et de plusieurs organisations du secteur des matériaux de construction.
"Dans la production de granulats, ça se passe assez bien. C’est plus compliqué pour les opérations d’entretien des broyeurs, cribles, installations… parce qu’il y a une plus grande proximité des acteurs. Dans le béton prêt à l’emploi, la question se pose davantage sur les contacts à la livraison", commente Nicolas Vuillier. Ces mesures, connues pour les chantiers depuis le début du mois d’avril, étaient très attendues par les fabricants de matériaux.
L’Unicem estime que mi-avril, l’activité remonte, après être tombée entre 15% et 20% pour les fabricants de granulats, et d’environ 5% pour le béton prêt à l’emploi."Autant il est relativement aisé d’arrêter un chantier, autant il est difficile de le redémarrer tant les intervenants sont nombreux. L’année 2020 sera difficile, avec non seulement deux mois de perte d’activité, mais également en raison des contraintes sanitaires qui vont dégrader la performance des équipes, sans qu’aujourd’hui personne ne sache exactement qui va supporter le coût de cette détérioration", indique Xavier Fournet. Les contraintes liées à la garde d’enfants et aux transports (qui ne seront pas totalement accessibles dès le 11 mai) perdureront, tandis que les préconisations sanitaires des différents organismes encouragent vivement les entreprises à limiter l’accès aux sites aux intervenants extérieurs.
Les TP en avance
Pour l’heure, le redémarrage s’effectue en deux temps, constate Nicolas Vuillier : "les travaux publics, qui consomment environ 60% de la production française de granulats, ont été les premiers à reprendre. La situation s’est vraiment améliorée en milieu de semaine dernière". En revanche, les fabricants de béton prêt à l’emploi (qui consomment le reste) demeurent, à date, aux environs de 35% d’activité, faute d’une reprise aussi rapide dans le bâtiment.
Toutefois – et c’est un paradoxe – le digital pourrait constituer une opportunité de développement pour les acteurs des travaux publics. Pour Xavier Fournet, "la crise a mis en avant encore davantage la fracture numérique entre ceux qui n’y ont pas accès ou le maîtrisent moins et ceux qui savent l’utiliser, notamment de façon professionnelle". Fibre optique ou 5G, la main de l’Homme sera toujours indispensable pour assurer ces nouvelles formes de connexions.



