Entretien

"La baisse d'activité dans la construction paraît plus forte en France qu’à l'étranger", constate Hervé de Maistre

Les industriels des matériaux de construction craignent le contrecoup du confinement. L’arrêt des démarches commerciales et des lancements de chantiers, ces dernières semaines, pourrait affecter l’activité des fabricants au cours du deuxième semestre, estime Hervé de Maistre, président de l'Association française des industries des matériaux et produits de construction (AIMCC, 7 000 industriels, 500 000 salariés, 45 milliards d’euros de chiffre d’affaires) et du Comité stratégique de filière Industries pour la construction. Il revient, pour L’Usine Nouvelle, sur l’état du secteur et les pistes suggérées pour relancer le secteur du bâtiment. "Il n’y a pas de problèmes de disponibilité des matériaux", précise-t-il également.

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Parpaings blocs béton Airium Lafarge
Le gros oeuvre peine à redémarrer.

L’Usine Nouvelle. – Dans quel état se trouve la filière des matériaux de construction ?

Hervé de Maistre. – Les industriels de la construction ont été confrontés à un arrêt très brusque de l’activité de leurs clients. Comme une bonne partie des industriels sont actifs à l’international, il y a un sentiment partagé que la baisse d’activité dans la construction est beaucoup plus forte en France à l’étranger. En attendant, ils ont veillé à la santé de leurs salariés et commencé à travailler sur le déploiement des "mesures barrières", en se préparant pour la reprise. Ils ont redémarré leur production au fur et à mesure de l’augmentation de la demande.  

Sur quels segments s'effectue principalement le redémarrage ?

Les petits chantiers redémarrent plus vite que les gros. Le second œuvre (plâtrerie, isolation, peinture, enduits…) reprend plus vite que la demande de matériaux contribuant aux gros chantiers d’infrastructures.  Les grandes surfaces de bricolage ont arrêté leur activité le 14 mars au soir, mais un certain nombre ont rouvert dans les semaines suivantes, au moins sous forme de drive. 80% des points de vente (pour le grand public ainsi que dans les négoces professionnels) sont ouverts en France.

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A la date du 11 mai, le nombre de points de vente ouverts devrait avoisiner les 95%. La redécouverte du bricolage à la maison fait partie des "bonnes nouvelles" de l’après-crise. Il y a besoin de s’occuper de son intérieur, et de modularité accrue avec le télétravail. Les travaux à domicile pourraient en être favorisés. Les particuliers ont toutefois des réticences à accueillir chez eux des professionnels (plombiers, électriciens…) pour des raisons sanitaires.

Pourquoi appelez-vous à un plan de relance de la filière ?

On a besoin d’apporter de l’activité aux entreprises du bâtiment dans les mois à venir. Les petites entreprises vont travailler dans les semaines à venir pour terminer leurs carnets de commande, mais n’ont pas fait de démarches commerciales durant le confinement. La "machine" à produire de nouveaux chantiers a par ailleurs été enrayée durant plusieurs semaines (impossibilité des collectivités à délivrer des autorisations, notaires au ralenti…) Les dossiers d’aujourd’hui, qui feront les chantiers dans deux mois, sont quasiment tous arrêtés. Au deuxième semestre, nous aurons donc besoin d’un soutien à l’activité.

Quelles mesures sont suggérées par le Comité stratégique de filière ?

Il y a un déficit structurel en logements en France. Il va falloir investir fortement. Il faut un plan d’urgence pour le logement. Ce plan devra être social, en apportant un soutien aux plus fragiles, qui vont payer le prix fort de la crise. Nous proposons que la rénovation énergétique globale des logements soit, de façon volontariste, financée à 100% pour les ménages les plus précaires pour les années à venir.

Sept pistes pour la relance

C’est un plan de relance en sept points que proposent l’Association française des industries des produits de construction et le Comité stratégique de filière Industries pour la construction. Les deux organisations appellent de leurs vœux la mobilisation de l’épargne privée, notamment dans le logement neuf, ainsi qu’une "massification" de la rénovation énergétique performante des maisons individuelles et quartiers pavillonnaires. Celle-ci devra être financée en totalité pour les ménages les plus modestes, tandis que l’ensemble des ménages pourraient se voir allouer un "chèque rénovation travaux", sans en préciser les modalités de financement. Les achats "Made in France" seraient prioritaires au sein de la commande publique. Autres leviers mis sur la table, un programme de rénovation énergétique des universités et des bâtiments publics ainsi qu’une "loyauté" renforcée dans les relations commerciales.

"Sans attendre les plans de relance qui seront discutés une fois la crise sanitaire passée, il convient de soutenir immédiatement la commande publique locale, qui menace de s’effondrer", estime la Fédération nationale des travaux publics (FNTP). Elle incite le gouvernement à stimuler l’investissement local – le report du second tour des élections municipales contrarie également le pouvoir de décision de nombreux maires. La FNTP estime que la baisse des droits de mutation, l’une des principales sources de revenus des départements, s’élèvera à plus de 3 milliards d’euros cette année.

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