C’est l’histoire d’une renaissance. À Sainte-Hélène-du-Lac, une vingtaine de kilomètres au sud de Chambéry (Savoie), Cristal Innov produit du quartz de synthèse de très haute qualité, un matériau essentiel pour la conception de radars ou de systèmes de guidage et de navigation, notamment pour des applications militaires. Une fabrication locale qui avait pourtant disparu en 2010, date à laquelle l’unique fournisseur français et européen décide de recentrer ses activités sur d’autres productions.
Préoccupée par la sécurité de ses approvisionnements stratégiques, la Direction générale de l’armement (DGA), branche du ministère des Armées, décide alors de se saisir de cet enjeu de souveraineté. Doté d’un budget de 1,87 million d’euros, le projet "Quartz" est lancé en 2014. Objectif : relancer une filière technologique de production de quartz de synthèse de haute qualité en France.
La DGA se tourne alors vers Cristal Innov, la plateforme d’innovation technologique dans les cristaux et procédés de l’Université Claude Bernard Lyon 1. Installée en Savoie au sein d’un bâtiment de 7 000 m², la structure couvre toute la chaîne technologique, des laboratoires de R&D jusqu’à la production. Mais la mission n’en reste pas moins complexe. «Il a fallu tout reconstruire, à commencer par l’autoclave, l’équipement nécessaire à la synthèse du quartz», indique Patricia Jeandel, la directrice générale de Cristal Innov.
Crital Innov Autoclave sur la plateforme d’innovation technologique. © Cristal Innov
6 à 9 mois pour synthétiser du quartz
Le minéral est ainsi immergé dans cette grande colonne au sein d’une solution à haute température et haute pression, afin de produire des blocs de différentes tailles et qualités. Naturellement, plus la conception est pointue et plus le cycle de production est long. «Il faut compter 6 mois en moyenne pour nos besoins et cela peut aller jusqu’à 9 mois», précise Jean-Marc, expert technique référent en composants électroniques à la DGA.
Une durée qui explique le temps nécessaire pour remettre sur pied la filière : Cristal Innov n'est parvenu à produire des pièces standards qu'à partir de 2021… soit sept ans après le début du programme ! «La DGA a joué un rôle clé, aucun industriel n’aurait pu supporter ce temps de développement», affirme Patricia Jeandel. «Nous avons aidé à créer l’outil en tant qu’incubateur, mais nos besoins en défense ne sont pas suffisants pour maintenir la filière», ajoute toutefois Sandy, manager études amont à l’Agence de l’innovation de défense.
Autrement dit, Cristal Innov avait une double obligation de résultat : la conception d’une solution technique de qualité suffisante mais également d’un modèle économique pérenne. Consciente de cet enjeu, la DGA a animé des ateliers en parallèle des développements technologiques afin de réunir différents types de clients potentiels. Un objectif qui semble, lui aussi, être atteint. Selon sa directrice générale, Cristal Innov, qui emploie une dizaine de personnes sur son site de production savoyard, livre aujourd’hui plusieurs milliers de pièces par an à de nombreux clients.
Il faut dire que ces cristaux de synthèse peuvent intéresser différents secteurs : spatial, semi-conducteur, transition énergétique, luxe… Une exposition se tient d’ailleurs au musée de minéralogie des Mines ParisTech du 4 avril au 27 mai 2023, afin de mettre en lumière leur importance stratégique pour la souveraineté nationale et européenne. Le partenariat entre la DGA et Cristal Innov y fait figure de cas d’école.



