Complexité accrue, risque de déconnexion avec sa vie professionnelle une fois élu, discrédit aux yeux de certains salariés, méconnaissance de la fonction par les jeunes… Dans les entreprises, la représentation du personnel peine à se renouveler. Cette crise des vocations se double d’une charge de travail concentrée sur quelques-uns, induite par le remplacement des anciennes instances représentatives du personnel par le Comité social et économique (CSE). Prévue par les ordonnances Macron de 2017, cette évolution a réduit d’environ 30% le nombre d’élus et s’accompagne d’une forte insatisfaction de ces derniers concernant le nombre d’heures de délégation.
De quoi inciter les directions des ressources humaines à agir. Certains DRH racontent que si les représentants du personnel troublent parfois leur sommeil, ils n’en demeurent pas moins des partenaires indispensables, pour signer les accords d’entreprise par exemple. Cette inquiétude sur la crise des vocations a ainsi fait l’objet d’un échange lors des Victoires des leaders du capital humain, un rassemblement de responsables des ressources humaines qui s’est tenu le 18 novembre à Paris. « Les représentants du personnel et les organisations syndicales peuvent permettre d’éviter les comités de grève. Et la performance globale d’une entreprise est liée à la performance de ses relations sociales », rappelle à cette occasion Bernard Vivier, le directeur de l’Institut supérieur du travail.
Faire des élections un temps fort
Que faire alors ? Veiller à ce qu’il n’y ait pas la moindre discrimination salariale ou d’accès à l’emploi pour ce type de personnel est un prérequis, alors même qu’il peut parfois être éloigné de son poste pour accomplir sa mission. Au-delà des formations techniques à la négociation, rendre la fonction plus riche, en organisant par exemple des déplacements pour observer une technologie que l’on souhaite intégrer dans l’entreprise, est aussi une option.
D’autres démarches très concrètes peuvent également favoriser l’émergence de représentants du personnel. Chez le groupement de pharmaciens Giphar, des élections vont se tenir prochainement. « Nous avons ouvert un entrepôt récemment et j’essaie d’en ouvrir les portes aux représentants d’un autre entrepôt et de leur faciliter la vie pour qu’ils puissent s’y déplacer. J’espère avoir des représentants sur ce nouveau site », explique son DRH Bruno Frankiel. Celui-ci est aussi passé par le PMU et Bonna Sabla.
Chez ADP, un groupe dont il a quitté la tête des ressources humaines en septembre dernier, Hervé Wattecamps se souvient avoir fait « un peu de publicité afin de mobiliser les salariés pour qu’ils aillent voter » lors d’élections. « Cela permet de montrer que la direction générale estime qu’il s’agit d’un temps fort pour l’entreprise », justifie-t-il.
Œuvrer auprès de la direction générale
Les directions des ressources humaines ont un rôle clé pour « valoriser le rôle des représentants du personnel auprès de la direction générale et savoir dire au directeur administratif et financier combien on peut gagner en ayant des intermédiaires de qualité », souligne Bernard Vivier. Accepter que la négociation soit parfois plus favorable à une organisation syndicale qu’à la direction générale est aussi un moyen de les valoriser auprès des salariés. « Il faut savoir perdre pour gagner plus tard », estime Hervé Wattecamps.
Les managers de proximité – parfois soupçonnés de décourager l’implication de leur équipe dans la représentation du personnel – peuvent enfin être soumis à une formation sur cet enjeu. Parce que les représentants du personnel servent à « gérer les passions collectives », dixit Bernard Vivier, le DRH a tout à gagner à devenir un allié afin de stimuler les vocations.



